Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

À Propos du Sceau De Salomon



© Photographies Alain Boucherès, D.R.


Place-moi comme un sceau sur ton coeur
(Cantique des Cantiques de Salomon, VIII, 6)


Voici quelques années, un événement historique s’est déroulé à Jérusalem sous la forme d’une exposition, dont la portée internationale ne s’est pas démentie tant le thème du « Sceau de Salomon » est resté d’actualité. 

À cette occasion, le catalogue de cette exposition a retracé son parcours par un large développement historique fort instructif (1). Ce catalogue a été édité en arabe, hébreu et anglais. Par la suite, la Revue des Arts et des lettres a traduit un large extrait en français.

Mais avant de se plonger dans ce résumé historique, faut-il s’interroger sur le rôle que joue le Sceau de Salomon dans la majorité des courants maçonniques actuels ?

Cette réunion de deux triangles superposés paraît si simple que l’étonnement l’emporte sur le mystère de cette construction géométrique.

Et pourtant ! Cette simplicité apporte une imposante puissance symbolique, à l’image du « Yin et du Yang », dans la philosophie asiatique par exemple. 

Plusieurs études à travers les siècles n’ont pas suffi à épuiser les significations initiatiques de « l’Étoile de David ».

En y regardant de plus près, il est surprenant et rassurant de constater que plusieurs Rites et Rituels se réfèrent fondamentalement à la symbolique du Sceau de Salomon.

Le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) est un modèle de cette tradition héritière de la légende du Roi Salomon dans la majorité de ses degrés d’initiation. Déjà, lors des épreuves soumises au nouvel (à la nouvelle) Apprenti (e) Franc — Maçon le Sceau de Salomon lui est présenté d’une manière indélébile (2) : « ... Comme il faut que tout Maçon soit marqué du Sceau de Salomon, sur quelle partie de votre corps voulez-vous qu’on vous l’applique ? Ordinairement, c’est sur votre bras gauche découvert!...»

Cette recherche symbolique a conduit des Frères et Sœurs à se poser la question de l’importance des liens qui se sont tissés entre le Sceau de Salomon et la Maçonnerie ? 

Un symbole peut être complémentaire par rapport à d’autres objets ou d’autres formes dont l’ensemble révèle alors une cohérence de lieu, de temps et de secrets à restituer.

Dans le cas du Sceau de Salomon, il apparaît, sous le dessin d’un équilibre géométrique parfait qui lui donne tout son mystère, un objet fini qui devient porteur d’un ensemble de symboles et de significations à découvrir qui tendent vers l'infini.

Dans chaque Loge, au moment de la Tenue, tous les participants se souviennent de la position des six principaux Officiants (aussi nommés Officiers) qui forment le Sceau de Salomon à une échelle vivante selon la description dictée dans le livre « La symbolique maçonnique » de Jules Boucher (3), ouvrage que chaque nouveau Maçon s’emploie à lire et à étudier. 

Jules Boucher indique : « Le Vénérable et les deux Surveillants, qui « dirigent » la Loge, forment le triangle ascendant ; l’Orateur, le Secrétaire et le Couvreur qui « organisent » la Loge forment le triangle descendant. »

Ce symbole d’une telle abondance se prête volontiers à des constructions géométriques variées et ces études ont conduit quelques « cherchant (e) s » à juxtaposer des lettres de l’alphabet hébraïque avec le Sceau de Salomon et les résultats ne se sont pas fait attendre : l’Aleph, le Beith ou le Ghimel pour ne prendre que ces quelques lettres sont apparentes dans ce système symbolique.

... Place-moi comme un Sceau sur ton coeur...

Les interactions historiques et ésotériques du Sceau de Salomon remontent dans le temps à l’époque d’une transmission orale, dont une des premières traces écrites dans le Cantique des Cantiques de Salomon, VIII, 6.

Ce marquage temporel a été le point de départ de l’exposition en Israël : « Fils du roi David, Salomon dont le nom dérive de Shalem, nom originel de Jérusalem, fit de cette ville une « Capitale de justice et de paix ». Détenteur des deux vertus cardinales du souverain, l’intelligence et la science, qui permettent de distinguer le bien du mal, il sait appréhender l’Univers. Dieu lui dit en songe : « Je te donne un tel esprit de sagesse et d’intelligence, que ton pareil n’a pas existé avant toi ni ne sera après toi » (I Rois, III, 12). 

L’exposition, qui fut organisée autour du thème du Sceau de Salomon par le Dr Rachel Milstein au musée de la Tour de David de Jérusalem, enquiert l’image de ce roi, patron des sciences et des arts, qui fut aussi celui que Dieu désigna pour bâtir le Temple de Jérusalem. »


Symboles alchimiques des éléments.

D’une façon encore plus concrète, le Sceau de Salomon se retrouve en plein coeur de l’alchimie des quatre éléments fondateurs de tous les Rites maçonniques. 

En plus d’être un symbole binaire par l’assemblage de deux systèmes ternaires, le Sceau de Salomon contient ces quatre fonctions du vivant.

Sceau de Salomon sur une voûte de la synagogue de Galilée (III-IVe siècle).
Photo © Musée de la Tour de David, Jérusalem.


« Comment cette image nous est-elle parvenue ? La légende du Sceau de Salomon, de ce sceau miraculeux confié au monarque par Dieu, est commune aux traditions juive, chrétienne et musulmane. 

Ancré dans la terre, mais atteignant les cimes paradisiaques, le Sceau de Salomon symbolise l’harmonie des contraires, reflète l’ordre cosmique, les cieux, la trajectoire des astres, le flux perpétuel entre le ciel et la terre, entre l’air et le feu. 

Il incarne la sagesse surhumaine et la monarchie de droit divin... 

Le Sceau de Salomon est le symbole privilégié des échanges culturels entre l’Occident et l’Orient, un symbole de concorde au-delà des divergences ponctuelles entre langues et religions.




Certaines Loges ou Obédiences ont inscrit cet emblème en signe de reconnaissance à l’exemple du Rite SOURCE de l’Ordre Maçonnique de la Grande Fraternité Traditionnelle (4) ou encore de la Loge Cordialité & Vérité à l’Orient de Genève (5), sans oublier de citer le Rite Opératif de Salomon pratiqué dans plusieurs pays avec assiduité (6).


Le pentagramme, l’image du symbole de l’Étoile flamboyante. 
                            Illustration © Sub Rosa.


De Salomon à Suleiman

En 1536, Suleiman le Magnifique entreprit de grands travaux de restauration sur le Mont du Temple et convertit en mosquée l’église érigée par les croisés sur l’emplacement du Cénacle (7).

Il soulignait, se faisant sa relation à Salomon, fils de David, et son appartenance à l’Arbre de Jessé, la dynastie messianique à laquelle les chrétiens rattachent Jésus. 

Sur les murailles d’enceinte qu’il fit ériger, furent gravés des symboles en forme de triangles entremêlés, des Étoiles de David, considérées par les musulmans comme le Sceau de Salomon (Khatam Suleiman) et qui étaient censées protéger la Ville Sainte.

L’hexagramme contient de nombreuses connotations, surtout quand il est entouré d’un cercle. Depuis l’Antiquité, lui sont attribués des pouvoirs magiques. 

Au-delà du motif décoratif ou du symbole nationaliste juif qui, du reste, ne date que du XIXe siècle, au-delà de l’élément abstrait de cette représentation de la voûte céleste et de sa complétude toute géométrique, l’hexagramme est avant tout un symbole universel. 

À l’instar du pentagramme, beaucoup plus ancien, il évoque l’épanouissement des mathématiques et de la géométrie par les civilisations méditerranéennes de l’Antiquité.

C’est par géométrie interposée que les Pythagoriciens et leurs disciples investissaient d’une symbolique cosmique. 

L’hexagramme et le pentagramme furent appréhendés comme la représentation du paradis et de sa réalisation sur terre, du divin réfléchi sur la création. 

Le lien entre la terre et le ciel, le macrocosme et le microcosme, l’esprit et la matière était précisément le thème de cette exposition qui a réservé une place essentielle aux traditions des pays musulmans, prédominantes dans la région. 

Géométrique, l’art islamique l’est fondamentalement : pour le musulman, l’expression géométrique a plus de valeur que l’image dans l’art figuratif ; artiste, en arabe, se dit musawwir « celui qui donne la forme », qui forge la relation harmonieuse entre les parties du monde, chacune possédant sa valeur de phrase musicale, toutes ensemble recréant l’harmonie des hommes et de l’univers.


Sceau de Salomon sur une plaque de marbre de l'église byzantine de Khirbet Sufa (nord du Neguev, Israël). 
Photo © Musée de la Tour de David, Jérusalem.


L’islam, carrefour de civilisations, a véhiculé en Europe, par le biais d’innombrables groupements ethniques et religieux, les progrès accomplis par les hommes de l’Antiquité.

À Jérusalem, Ville sainte des trois religions monothéistes, l’islam va laisser une empreinte indélébile sur les sites et les traditions locales.

Le Sceau de Salomon combine une force et une beauté symboliques et tangibles à la fois dans une seule figure, comme le veut l’art islamique.

La propension avouée de l’artiste musulman pour la géométrie sous-tend la recherche d’harmonie entre les deux mondes, elle fait le lien entre la science, la beauté et la métaphysique.

C’est pourquoi cette exposition recouvrait les arts comme les sciences, la cosmologie comme la religion, sans marquer ce qui distingue telle discipline de l’autre : médecine et magie, astronomie et astrologie, techniques d’irrigation et leurs incidences sur les jardins, relation symbolique entre les jardins d’agrément d’ici-bas et ceux du Paradis, entre la voûte céleste et les dômes des bâtiments à vocation séculière ou religieuse. 

Ce que cette exposition et le catalogue qui l’accompagnait ont précisément voulu rehausser, c’est la manière dont le roi Salomon, patron des sciences et des arts, a imprimé son sceau sur les civilisations juive, chrétienne et musulmane ; puis, comment, à leur tour, les trois religions monothéistes ont laissé leur empreinte sur la civilisation universelle.

Au Xe siècle av. J.-C., Salomon hérite de son père, David, un royaume qui s’étend de l’Euphrate à la frontière égyptienne. Il va agrandir au nord et à l’est le territoire de ce royaume qui fut le plus vaste de l’histoire d’Israël. 

Malgré les rivalités et les révoltes qui marquèrent son accession au pouvoir, son règne fut une période de paix, de prospérité et d’abondance. 

Pour la première fois dans l’histoire, la culture matérielle du royaume d’Israël soutenait la comparaison avec celles des grands royaumes d’Orient. 

Le Temple, le palais du roi et les fortifications de Jérusalem furent les principales entreprises du souverain. Mais il y en eut d’autres.

Les fouilles menées au cours des dernières décennies viennent conforter les descriptions dithyrambiques de la Bible sur le règne de Salomon. » (...)

 
Sceau de Salomon figurant sur un livre de prières citant des extraits du Coran intitulé An’am Sharif, 1761-2. Photo © Musée de la Tour de David, Jérusalem.




(1) Extraits du catalogue de l'exposition (en arabe, hébreu et anglais), traduits et adaptés par A.M.S., parus dans la Revue israélienne des Arts et des Lettres — 106 et sur le site : www.mfa.gov.il (Israel Ministry of Foreign Affairs).
(2) Selon certains Rituels authentiques du REAA. 
(3) « La symbolique maçonnique », Jules Boucher
Éditions Dervy 1948, 1955, 1985, 1990. 
(4) Illustration © Ordre Maçonnique de la
Grande Fraternité Traditionnelle : www.ogft.fr.
(5) Illustration © Loge Cordialité & Vérité,
GLSA : www.cordialite-verite.com.
(6) Illustration © n.c.
(7) Le Cénacle serait la « chambre haute » selon
Les Évangiles.



Une Parole Circule — N° 10/12 — janvier 6012 — www.sub-rosa.ch




Billet proposé par Aron O’Raney