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Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Les Immolations De Tibétains Gagnent Lhassa




Des Exilés tibétains manifestent contre le régime chinois le 23 mai à New Delhi.
Crédits photo : Saurabh Das/AP


Depuis Un An, Trente-Quatre Cas Désespérés Ont Été Recensés Dans Les Provinces Chinoises.


La tragique vague d'immolations par le feu de moines tibétains continue et gagne cette fois Lhassa. 

Jusqu'à présent, ces actes désespérés s'étaient produits dans les provinces chinoises à peuplement tibétain, mais pas au Tibet même. 

Mais lundi, c'est dans la capitale de la région autonome même que deux jeunes Tibétains, des moines semble-t-il, se sont transformés en torches humaines.


Le drame s'est produit devant un haut lieu religieux et touristique de Lhassa, le temple de Jokhang. Selon l'agence Chine nouvelle, les policiers ont « réussi à éteindre les flammes en quelques minutes ». 

L'un des moines est mort, l'autre a été hospitalisé dans un état critique. Ce dernier, nommé Dargye, serait originaire d'Aba, une zone tibétaine de la province voisine du Sichuan. 

Une région qui abrite le monastère de Kirti, haut lieu de la contestation. Le moine décédé, Tobgye Tseten, âgé de 19 ans, viendrait de la région de Xiahe, où est situé le célèbre monastère de Labrang, dans la province du Gansu.


Depuis mars 2011, 34 Tibétains se sont immolés par le feu et au moins 24 sont morts. 

Mais une seule tentative avait eu lieu dans la région autonome et aucune dans la capitale. Lhassa, déjà sous étroit contrôle, a été immédiatement « envahie par la police et les forces paramilitaires, et la situation est très tendue », a relaté Radio Free Asia. 

Un haut responsable communiste de la région, Hao Peng, a déclaré que ces actes étaient une « continuation des auto-immolations survenues dans les autres zones tibétaines » et étaient « destinés à séparer le Tibet de la Chine ».

Un point de friction

À Vienne vendredi, le dalaï-lama — chef spirituel officiellement retiré de la vie politique — et le premier ministre tibétain en exil Lobsang Sangay se sont dits ouverts au dialogue avec la Chine. 

Ce dernier a réaffirmé qu'il ne s'agissait pas d'obtenir l'indépendance du Tibet, mais que la région aspirait à « une véritable autonomie dans le cadre de la Constitution chinoise ». 

À cette occasion, Lobsang Sangay a dénoncé les « conditions inacceptables » de la présence chinoise actuelle, ainsi que la situation « insoutenable » pour la population.

Pékin a protesté vigoureusement ce week-end contre la rencontre entre le dalaï-lama et le chancelier autrichien Werner Faymann, dénonçant comme à son habitude « une ingérence sérieuse ».

Le Tibet continue à être un point de friction entre la Chine et les pays occidentaux. Et pourrait être un sujet sensible entre les nouveaux gouvernants français et Pékin. 

Récemment, nos confrères d'Aujourd'hui la Chine se demandaient si « le passé pro-dalaï-lama » du nouveau premier ministre français « pourrait être un danger pour les relations franco-chinoises ». 

Ils rappelaient ainsi qu'en 2008, au plus fort de la brouille franco-chinoise, Jean-Marc Ayrault, alors député, maire de Nantes, avait accueilli chaleureusement le leader tibétain.

Un drapeau tibétain avait été hissé sur le fronton de la mairie. Et Jean-Marc Ayrault s'était prononcé pour le boycott de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques.



Le Figaro International — Arnaud de La Grange — 
Publié le 28/05/2012




Billet proposé par Aron O’Raney