Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Le Rubayat, Quatrains LXXI À LXXX






LXXI

Tu peux m'obséder, visage d'un autre bonheur !

Vous pouvez moduler vos incantations, voix amoureuses !

Je regarde ce que j'ai choisi et j'écoute ce qui m'a déjà bercé. 

On me dit : « Allah te pardonnera ». 

Je refuse ce pardon que je ne demande pas.

LXXII

Un peu de pain, un peu d'eau fraîche, l'ombre d'un arbre, et tes yeux ! 

Aucun sultan n'est plus heureux que moi.

Aucun mendiant n'est plus triste.

LXXIII

Pourquoi tant de douceur, de tendresse, au début de notre amour ? 

Pourquoi tant de caresses, tant de délices, après ? 

Maintenant, ton seul plaisir est de déchirer mon cœur... 

Pourquoi ?

LXXIV

Quand mon âme pure et la tienne auront quitté notre corps, on placera une brique sous notre tête. 

Et, un jour, un briquetier pétrira tes cendres et les miennes.

LXXV

Du vin ! Mon cœur malade veut ce remède ! 

Du vin, au parfum musqué ! 

Du vin, couleur de rose !

Du vin pour éteindre l'incendie de ma tristesse ! 

Du vin, et ton luth aux cordes de soie, ma bien-aimée !

LXXVI

On parle du Createur...

Il n'aurait donc formé les êtres que pour les détruire ! 

Parce qu'ils sont laids ? 

Qui en est responsable ? 

Parce qu'ils sont beaux ? 

Je ne comprends plus...

LXXVII

Tous les hommes voudraient cheminer sur la route de la Connaissance. 

Cette route, les uns la cherchent, d'autres affirment qu'ils l'ont trouvée.

Mais, un jour, une voix criera : 

« Il n'y a ni route ni sentier ! »

LXXVIII

Dédié aux flammes de l'aurore le vin de ta coupe pareille à la tulipe printanière ! 

Dédie au sourire d'un adolescent le vin de ta coupe pareille à sa bouche ! 

Bois, et oublie que le poing de la Douleur te renversera bientôt.

LXXIX

Du vin ! Du vin, en torrent ! 

Qu'il bondisse dans mes veines ! 

Qu'il bouillonne dans ma tête ! 

Des coupes... Ne parle plus ! 

Tout n'est que mensonge. 

Des coupes... 

Vite ! J'ai déjà vieilli...

LXXX

Une telle odeur de vin émanera de ma tombe, que les passants en seront enivrés. 

Une telle sérénité entourera ma tombe, que les amants ne pourront s'en éloigner.



Omar Khayyâm.
Traduit par Franz Toussaint, Paris, L'Édition d'art H. Piazza.




Texte Proposé par Aron O’Raney