Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

En Parlant De la Philosophie




Épicure - 
Copie d'un original hellénistique, British Museum.


Lettre à Ménécée


Même jeune, on ne doit pas hésiter à philosopher.

Ni, même au seuil de la vieillesse, se fatiguer de l’exercice philosophique. 

Il n’est jamais trop tôt, qui que l’on soit, ni trop tard pour l’assainissement de l’âme. 

Tel, qui dit que l’heure de philosopher n’est pas venue ou qu’elle est déjà passée, ressemble à qui dirait que pour le bonheur, l’heure n’est pas venue ou qu’elle n’est plus. 

Sont donc appelés à philosopher le jeune comme le vieux. 

Le second pour que, vieillissant, il reste jeune en biens par esprit de gratitude à l’égard du passé. 

Le premier pour que jeune, il soit aussi un ancien par son sang-froid à l’égard de l’avenir. 

En définitive, on doit donc se préoccuper de ce qui crée le bonheur, s’il est vrai qu’avec lui nous possédons tout, et que sans lui nous faisons tout pour l’obtenir. 

Ces conceptions, dont je t’ai constamment entretenu, garde-les en tête.

Ne les perds pas de vue quand tu agis, en connaissant clairement qu’elles sont les principes de base du bien-vivre.


D’abord, tenant le dieu pour un vivant immortel et bienheureux, selon la notion du dieu communément pressentie, ne lui attribue rien d’étranger à son immortalité ni rien d’incompatible avec sa béatitude. 

Crédite-le, en revanche, de tout ce qui est susceptible de lui conserver, avec l’immortalité, cette béatitude.

Car les dieux existent : évidente est la connaissance que nous avons d’eux. 

Mais tels que la foule les imagine communément, ils n’existent pas : les gens ne prennent pas garde à la cohérence de ce qu’ils imaginent. 

N’est pas impie qui refuse des dieux populaires, mais qui, sur les dieux, projette les superstitions populaires. 

Les explications des gens à propos des dieux ne sont pas des notions établies à travers nos sens, mais des suppositions sans fondement. 

À cause de quoi les dieux nous envoient les plus grands malheurs, et faveurs : n’ayant affaire en permanence qu’à leurs propres vertus, ils font bonne figure à qui leur ressemble, et ne se sentent aucunement concernés par tout ce qui n’est pas comme eux.


Lettre à Ménécée — Extrait issu d'une traduction anonyme.



Épicure



Billet proposé par Aron O’Raney