Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Des Désirs Et Des Plaisirs...




Épicure — British Museum.


Lettre à Ménécée



Il est également à considérer que certains d’entre les désirs sont naturels, d’autres vains, 

Et si certains des désirs naturels sont contraignants, d’autres ne sont... que naturels. 

Parmi les désirs contraignants, certains sont nécessaires au bonheur, d’autres à la tranquillité durable du corps, d’autres à la vie même. 

Or, une réflexion irréprochable à ce propos sait rapporter tout choix et rejet à la santé du corps et à la sérénité de l’âme, puisque tel est le but de la vie bienheureuse. 

C’est sous son influence que nous faisons toute chose, dans la perspective d’éviter la souffrance et l’angoisse. 

Quand une bonne fois cette influence a établi sur nous son empire, toute tempête de l’âme se dissipe, le vivant n’ayant plus à courir comme après l’objet d’un manque,

Ni à rechercher cet autre par quoi le bien, de l’âme et du corps serait comblé. 

C’est alors que nous avons besoin de plaisir : 

Quand le plaisir nous torture par sa non-présence. 

Autrement, nous ne sommes plus sous la dépendance du plaisir.

Voilà pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et le but de la vie bienheureuse. 

C’est lui que nous avons reconnu comme bien premier, 
Né avec la vie. 

C’est de lui que nous recevons le signal de tout choix et rejet. 

C’est à lui que nous aboutissons comme règle, en jugeant tout bien d’après son impact sur notre sensibilité. 

Justement parce qu’il est le bien premier et né avec notre nature, nous ne bondissons pas sur n’importe quel plaisir : 

Il existe beaucoup de plaisirs auxquels nous ne nous arrêtons pas, lorsqu’ils impliquent pour nous une avalanche de difficultés. 

Nous considérons bien des douleurs comme préférables à des plaisirs, dès lors qu’un plaisir pour nous plus grand doit suivre des souffrances longtemps endurées. 

Ainsi tout plaisir, par nature, a le bien pour intime parent, sans pour autant devoir être cueilli. 

Symétriquement, toute espèce de douleur est un mal, sans que toutes les douleurs soient à fuir obligatoirement.

C’est à travers la confrontation et l’analyse des avantages et désavantages qu’il convient de se décider à ce propos. 


Lettre à Ménécée — Extrait issu d'une traduction anonyme.



Épicure



Billet proposé par Aron O’Raney