Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Chanson De La Vague







Le rivage puissant est mon bien-aimé
Et je suis son amante. 

Nous sommes enfin réunis par l'amour,
Et ensuite la lune me sépare de lui.

Je vais à lui en hâte et repars à contrecœur,
Avec plein De petits adieux. 

Je pars rapidement de derrière L'horizon bleu
pour répandre l'argent de Mon écume

sur l'or de son sable,
Et Nous nous mêlons dans l'éclat en fusion.

J'apaise sa soif et submerge son Cœur ;
il adoucit ma voix et soumet mon tempérament.

À l'aube je récite les règles de l'amour
dans Ses oreilles,

Et il m'embrasse avec ardeur. 

Le soir je lui chante la chanson de L'espoir,
Puis je dépose de doux baisers sur Son visage ;

je suis prompte et craintive,
Mais il Est calme, patient et rêveur.

Sa Large poitrine apaise mon agitation. 

Quand la marée arrive, nous nous caressons,
Quand elle se retire,

Je me laisse tomber à ses pieds dans La prière. 

Maintes fois j'ai dansé autour des sirènes
Quand elles sortaient des profondeurs

pour se reposer Sur ma crête
Afin de contempler les étoiles ;

Maintes fois j'ai entendu les amants
se plaindre De leur petitesse,

Et je les ai aidés à soupirer. 

Maintes fois j'ai taquiné les grands rochers
Et les ai caressés d'un sourire,

mais je n'ai Jamais reçu
De rires de leur part ;

Maintes fois j'ai soulevé 
des âmes qui se noyaient

Et les ai portées tendrement
Vers mon rivage Bien-aimé.

Il leur donne sa force comme
Il Prend la mienne. 

Maintes fois j'ai volé des gemmes
aux Profondeurs et les ai présentées

À mon rivage Bien-aimé.

Il prend en silence,
mais je donne Encore

Car il m'accueille toujours. 

Dans la lourdeur de la nuit,
quand toutes Les créatures recherchent

le fantôme du Sommeil,
je me redresse, chantant un moment

Et soupirant l'instant d'après.

Je suis toujours en éveil

Hélas ! L'insomnie m'a affaiblie !

Mais je suis une amante,
Et la vérité de l'amour
Est forte.

Je suis lasse,
Mais je ne mourrai jamais. 


Rires Et Larmes — Extrait —



Khalil Gibran 



Billet proposé par Aron O’Raney