Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Stupeur







Mon idole à la main me donna un balai 

Et dit : 

« De la surface de la mer soulève de la poussière. »
Puis il brûla ce balai par le feu 

Et dit : 

« De ce feu, fais apparaître un balai. »  
De stupeur, je me suis prosterné 

Il dit : 

« Fais une belle prosternation sans te prosterner. »  
« Oh ! comment se prosterner sans se prosterner ? » 

Il dit : 

« Sois sans comment et sans épines, malheureux ! »  
J'ai tendu mon petit cou 

Et dis :

« Avec Zolfaghâr(1), tranche ma tête prosternée »  
Plus il donnait de coups d'épée, plus il y avait de têtes 

Du coup de mon cou cent mille têtes ont poussé  
Moi telle une lampe et chaque tête telle une mèche 

De toutes parts les flammes étincelaient  
Les bougies successives par mes têtes enivrées 

Partout De l’Orient à l'Occident s'étaient allumées  
Dans le non-espace l'Orient et l'Occident 

Que sont-ils ?
Une chaufferie sombre, un bain en activité 

Ton humeur est trop froide, n'as-tu point de nausée ? 

Dis Dans ce bain chaud public vas-tu longtemps rester ?  
Quitte le bain, mais non pour la chaufferie 

Va Dans le vestiaire admirer les peintures,
Images de l'Aimé

Tu verras alors des visages adorables 

Oui Tu verras des tulipes les couleurs chamarrées
Puis, après cela, regarde vers la lucarne 

Et vois 
Car du reflet de la lucarne ces peintures sont l'effet 

Les six directions sont le bain et la lucarne
le non-espace 

Regarde
Au-dessus de la lucarne, du Roi, la face de beauté
La terre et l'eau tiennent leurs couleurs de son reflet 

Eau-lumière 
Sur le blanc et le noir, l'âme vive en pluie est tombée 
Le jour s'est écoulé et mon histoire n'est pas écourtée 

Ô Lui 
Que le jour et la nuit auraient honte d'évoquer 
Shams de Tabriz, soleil de la foi 

Le Roi 
Il me maintient ivre, assoiffé de vin, assoiffé. 



(1) Épée à double lame de Alî. 

LAR, No 1095. 

Djalâl ad-Dîn Rûmî




Billet proposé par Aron O’Raney