Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Le Désert Du Sinaï






À « Obéis et tu seras heureux », il faut préférer « Aime et fais ce que tu voudras » comme le disait Saint Augustin. Mais cette parole elle aussi est usée.

Combien s'en sont servis pour justifier leurs égoïsmes, combien d'hypocrisie et de culpabilité engendrées par une telle parole ?

Comme si on pouvait aimer sur commande !


Le désert du Sinaï aurait-il aujourd'hui une autre parole à nous donner, une loi, une ordination qui viendrait s'inscrire au-dedans de nous et dont la pratique rétablirait un moment un peu d'ordre dans l'individu puis, par voie de conséquence, dans la société ?


Méditant cela, une parole simple, banale presque car chaque époque n'a-t-elle pas la parole qu'elle mérite ?, une parole à vérifier ou à incarner nous fut offerte : « Sois conscient et fais ce que tu peux. » 

Elle complète et intègre assez bien les deux paroles précédentes.


Obéir à la loi sans conscience, c'est renoncer à être libre et la pratique de l'Amour sans conscience n'est que ruine de l'âme.


Être conscient — instant après instant — et faire ce que l'on peut; non pas ce que l'on veut.

Il y a là une sorte de sain réalisme, propre à nous délivrer de nos schizophrénies et paranoïas contemporaines.


« Sois conscient et fais ce que tu peux » — cela n'est pas plus facile et pas moins exigeant « qu’Obéis et tu seras heureux » ou « Aime et fais ce que tu voudras ».

Les paroles entendues par Moïse dans le Souffle du Sinaï ne sont pas effacées, elles sont dites autrement. « Tu dois » est transformé en « Tu peux ».


Si tu le veux, tu peux ne pas avoir d'autre Dieu que Dieu, n'être l'esclave d'aucune idée, idéologie, image ou illusion.

Il n'y a pas d'autre Réalité que la Réalité.

Tu peux préférer le réel indestructible à la buée de tes songes.

Tu peux honorer ton père et ta mère, ils ne Sont pas la source de ta vie, mais la vie s'est donnée à toi par eux.

Tu peux ne pas tuer, préférer le pardon au crime, être plus grand que ta colère ou ton honneur.

Tu peux ne pas voler, prendre plus de plaisir à être honnête qu'à t'enrichir de façon injuste.

Tu peux ne pas mentir, être joyeux et sans peur levant la vérité.

Tu peux être libre de toutes convoitises, désirer ce que tu as, aimer ce que tu es.

En un mot, tu es capable d'amour, tu es capable de conscience.

Il s'agirait maintenant de développer les moyens et les méthodes par lesquels peut s'exercer cette conscience…

Mais le quotidien reste, dans le domaine de la conscience comme dans celui de l'amour, le plus grand exercice.

Il n'y a pas un instant à perdre, chaque instant est l'occasion d'une nouvelle Alliance, chaque joie comme chaque épreuve, celle d'une plus grande conscience.



Jean-Yves Leloup
Extrait de « Déserts, Déserts »




Billet proposé par Aron O’Raney