Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

La Tempérance







Quatre vertus cardinales ont un rôle pivot, d'où l'appellation « cardinale », issue du Latin cardo : charnière, pivot dans l'action humaine 

La tempérance l'une de ces quatre vertus assure la maîtrise de la volonté sur les instincts et contient les désirs elle modère l’attrait des plaisirs et procure l’équilibre dans l’usage des biens créés.

La tempérance est souvent louée dans l’Ancien Testament : 
« Ne te laisse pas aller à tes convoitises, réprime tes appétits » (Si 18, 30). 

Dans le Nouveau Testament, elle est appelée modération ou sobriété. « Nous devons vivre avec modération, justice et piété dans le monde présent » (Tt 2, 12).

Dévolue au Compagnon du Rite Écossais Rectifié, la tempérance est la marque d'un état intermédiaire se situant à mi-chemin entre l'action et la contemplation.

Le Vénérable a signalé au récipiendaire, pour le cas où le travail du premier degré se serait avéré insuffisant :

« Nul homme, mon cher Frère, ne fait des progrès vers le bien sans la connaissance de lui-même. 

Celui qui ne se connaît pas encore n'a aucune idée juste de son origine et de sa destination. 

Il est sans but, sans règle, et n'agit que par l'impulsion dominante des habitudes et des passions dont il est l'esclave. 

Soumis à l'influence de tous les objets qui l'environnent, il ne connaît pas la tempérance, il fait toujours trop ou trop peu. 

Évitez cet écueil, mon cher Frère. Que votre oeil pénétrant découvre les motifs de vos penchants et de vos désirs. 

Si vous reconnaissez que vous êtes loin de la route, gardez-vous d'errer plus longtemps dans ce vaste désert, et n'oubliez pas qu'il vous faut un asile avant la fin du jour ».

Bien évidemment, les maîtrises mentale et comportementale constituent les étapes liminaires pour tout persévérant dans la carrière, mais il serait dommage de limiter cette vertu à la seule restriction des excès matériels qui ressortent encore de l'apprentissage.

Celui qui avance vers la maîtrise est censé avoir canalisé la force brute en énergie spirituelle. 

Par la méditation et la compréhension des symboles, il sait désormais que toute progression ne peut s'accomplir que dans l'aplomb avec l'équilibre le plus parfait, car toute vie sera pesée, mesurée, jugée selon le poids des actes et des douleurs ou conséquences qui en proviennent.

La Tempérance exige qu’on retranche tout ce qui empêche la pensée de se tourner vers la vérité, un certain renoncement qui seul permet d’acquérir la pensée de l’ordre, laquelle est l’exercice de purification par excellence » (Aristote).

« Être tempérant c'est dominer les plaisirs et les passions ; or aucun plaisir n'est au-dessus de l'amour ; s'ils lui sont inférieurs, ils sont vaincus par lui, et il est leur vainqueur ; or étant vainqueur des plaisirs et des passions, il est supérieurement tempérant. » (Platon) 

Celui qui se mesure, se contrôle facilement, ne se soucie plus des besoins, penchants, désirs inhérents au terrestre et matériel. 

Il se sent disponible, prêt pour une autre tâche ; il augmente sa capacité de réception sensible. 

La tempérance marque l'arrêt de la phase précédente, dite de transformation de soi. 

En offrant une opportunité des choix c'est à dire : se consacrer au vertical ou voie mystique, à l'horizontal avec un engagement humaniste ou allier un juste équilibre dans le domaine des hommes et celui de la divinité, elle indique aussi une direction pour progresser sur le chemin. 

L'amour évoqué devient un atout formidable pour celui qui le sent vivre en lui. 

Il ne s'agit pas ici d'un amour charnel ou humain, mais de cette essence « spiritueuse » qui amène l'homme à s'élever vers l'Éternel. 

Celui qui éprouve de tels élans se détache des pulsions physiques : l'Amour les a vaincues. 

La tempérance opère une régénération. 

En faisant prendre conscience du résultat de la maturation en soi, elle prédispose l'esprit à s'extirper de la matière en provoquant un éveil particulier : celui de sa conscience angélique et divine.  

Elle rappelle que l'on se situe à mi-parcours du chemin qui va de la mort à la vie, qu'il nous faut recourir à toutes les potentialités lumineuses qui vibrent en nous ; c'est le moment d'espérer de franchir le pont qui sépare les mondes en obtenant la « liberté de passer », celle qui permet de communiquer avec l'univers céleste.



Base Documentaire : Christian Guigue — La Formation Maçonnique —



Billet proposé par Aron O’Raney