Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

À La Redécouverte De Toutankhamon


Vue de la salle d’exposition © DR.


Comme son inventeur, Howard Carter, l’égyptologue Florence Maruéjol revient sur l’histoire de cette incroyable découverte.


Détail d’un vase canope en albâtre à l’effigie du pharaon, © DR


Comment la découverte d’une tombe de Pharaon intacte a-t-elle été possible ?

Le suspense a duré longtemps ! 

Howard Carter, égyptologue aguerri, en était à sa sixième campagne de fouilles en 1922. 

Les cinq précédentes avaient été infructueuses… 

Le mécène qui finançait ces recherches, Lord Carnavon, était prêt à tout arrêter. 

Sa fortune avait été ébranlée par la Première Guerre Mondiale et aucun objet n’avait pu compenser l’investissement. 

Carter, lui, était prêt à racheter à son propre nom la concession octroyée à Carnavon par le service des Antiquités ; c’est de cette manière qu’il est parvenu à convaincre celui-ci de faire une dernière tentative.


© DR, Détail du masque funéraire en or de Toutankhamon


Comment s’y est-il pris ?


Carter commence par faire détruire les cabanes des ouvriers de l’époque pharaonique. 

Jusqu’alors, il n’avait pas fouillé en dessous. 

Il fait déplacer les déblais, et sous l’une d’elles, les ouvriers mettent à jour des marches d’escalier… 

On les dégage, puis on trouve une porte scellée en maçonnerie, portant des sceaux de la Nécropole Royale indiquant que la tombe a déjà été ouverte : les autorités de l’Égypte Antique avaient dû la refermer après un vol. 

Que penser ? 

Carter craint qu’il n’y ait plus rien à l’intérieur. 

On abat la porte, on découvre un couloir rempli de déblais où un tunnel, sans doute creusé par les voleurs, mène à une seconde porte. 

Carter fait un petit trou en haut de la porte, passe d’abord une bougie à bout de bras au cas où des gaz auraient été enfermés dans la tombe, et pour finir, passe une torche. 

À ses côtés, Lord Carnavon s’impatiente. « Mais qu’est-ce que vous voyez, Carter ? » 

Réponse : « De l’or… Partout, de l’or ! »


Vue de la salle d’exposition, © DR


Rien n’aurait donc été volé ?


La tombe a bel et bien été visitée à la fin de la XVIIIe dynastie, très peu de temps ; quelques semaines ? Quelques années ? Après la mort de Toutankhamon

C’était alors une période trouble en Égypte, pendant laquelle la surveillance dans la Vallée des Rois était un peu relâchée : Thèbes n’était plus la capitale depuis 200 ans et le pouvoir s’était installé à Memphis, près du Caire actuel. 

Le vol a cependant été discret. 

Une fois dans la tombe, les voleurs ont circulé entre les objets, en ont bousculé certains, mais ne sont pas entrés dans la salle du sarcophage. 

La prudence leur interdisait d’être trop gourmands. 

Certes, de grands pillages auront lieu à la fin du Nouvel Empire, mais à cette époque-là, l’autorité du pharaon était bien établie, et l’arrivée d’une grosse quantité d’or sur le marché aurait attiré l’attention des autorités.

Lesquelles s’aperçurent d’ailleurs assez vite que la tombe avait été ouverte – et la refermèrent. 

Elle fut ensuite protégée par le hasard, puisque c’est sur elle que les ouvriers de la tombe de Ramsès VI déversèrent leurs déblais. 

Du coup, la tombe fut à l’abri jusqu’à l’intuition de Carter.


Trône en or, © DR


Aucun de ces visiteurs n’a donc craint 
la « malédiction des sarcophages » ?


Non, car c’est justement la découverte de Carter qui a fait naître la légende. 

L’ouverture de la tombe de Toutankhamon en 1922 est en effet suivie d’un terrible imbroglio. 

Lord Carnavon commence par signer un contrat d’exclusivité avec le « Times » : le journal de Londres est toujours le premier à dévoiler les découvertes successives, et même ceux d’Égypte ne sont informés qu’après lui. 

Howard Carter, de son côté, s’agace d’avoir à faire visiter la tombe à toutes les têtes couronnées qui passent en Égypte – et ses coups de colère conduisent le service des Antiquités à lui interdire momentanément l’accès ! 

Enfin, la loi exige que la moitié des objets, surtout les plus exceptionnels, soient donnés au musée du Caire – ce qui pose des problèmes diplomatiques… 

Bientôt, ce contexte va totalement dégénérer. 

Lord Carnavon, qui a toujours eu une santé fragile (il était en Égypte justement pour se soigner), meurt d’une pneumonie compliquée par une infection, six mois après la découverte. 

C’est alors que tout s’enflamme : les journaux qui ne peuvent décrire les fouilles décident de raconter une autre histoire. 

Et la mort de telle ou telle personne ayant visité la tombe va bientôt entretenir la légende… 

Le but de l’exposition est de la faire revivre !



Propos recueillis par Maxime Rovere — Le 3 mai 2012 —



Billet proposé par Aron O’Raney