Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Je Ne Sais








Tu es le Soleil ou Vénus ou la Lune ? 

Je ne sais

Que veux-tu de ce vagabond fou ?

Je ne sais

Dans ce palais du sans-pourquoi,
tout est douceur et harmonie 

Quel désert ? Quelle prairie ? Quel palais ? 

Je ne sais 

Tu es dans une tente
sur la route de la Voie Lactée

Autour de toi, des étoiles de toute beauté.

Quelle Lune es-tu ?

Je ne sais

Ton visage fait de notre âme 
un jardin de narcisses,
de lis et de pensées

Notre Lune tire son éclat de ta lune.

Quel compagnon es-tu ?

Je ne sais

Un océan sans rivage, bonheur !
Et un cœur rempli de poissons

Jamais je n'ai vu tel océan !
Et que sont ces poissons ?

Je ne sais

La royauté des créatures : légende, 
infime comme du chènevis

Le Roi des Rois,
l'éternel, est le seul Roi

Que je sais

Ô soleil infini,
tes parcelles sont parlantes

Es-tu lumière de l'essence de Dieu, 
Ou es-tu Dieu ?

Je ne sais

Des milliers d'âmes, tel Jacob,
brûlent pour cette beauté

Pourquoi, ô beau Joseph,
Restes-tu dans ce puits ?

Je ne sais

Silence, car à force de parler, 
tu es noyé dans la multiplicité

Tantôt gémissement, tantôt plainte, tantôt soupir…

Je ne sais

Un sortilège que j'ai bu m'a rendu ivre : 
je me tais

Distinguer entre l'ivresse 
inconsciente de la conscience

Je ne sais.

LAR, no 1436. 


Djalâl ad-Dîn Rûmî




Billet proposé par Aron O’Raney