Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Elle Ne Le Sait Pas






Ô Rita ! 
Nous t’avons livré, la mort et moi

le secret de la joie flétrie
au poste de douane

et nous nous sommes renouvelés, 
la mort et moi

dans ton front originel

et à la fenêtre de ta maison
Nous sommes deux faces, la mort et moi

Pourquoi fuis-tu mon visage à présent 

Pourquoi fuis-tu ?

pourquoi fuis-tu à présent

ce qui transforme le blé en cils de la terre, 
ce qui fait du volcan l’autre face du jasmin

Pourquoi fuis-tu ?

dans la nuit, seul son silence m’épuisait
lorsqu’il parvenait jusqu’à la porte

comme la rue, comme le vieux quartier

Que ta volonté soit faite

ô Rita

que le silence se fasse pioche
encadrement d’étoiles

ou climat pour la gestation de l’arbre

je sirote le baiser
à même la lame des couteaux

viens, faisons notre adhésion au carnage

les nuées d’oiseaux
s’abattirent comme des feuilles superflues

dans les puits du temps
et moi j’arrachais les ailes bleues

Ô Rita

je suis la stèle de la tombe qui grandit

les chaînes
gravent dans ma peau 

le profil de la patrie



(1970)

Traduction de Saloua Ben Abda et Hassan Chami — 


Mahmoud Darwich —



Billet proposé par Aron O’Raney