Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Dernier Voyage, Le Grand Départ Du Sage D’Arunachala





(1879-1950)



Une Lumière Dans Le Ciel



Nous sommes le 14 avril 1950, il est 18 heures 47, la nuit commence à s’étendre sur l’Inde du Sud et Tiruvannamalai s’habille des ombres du crépuscule lorsque, soudain, les regards sont attirés vers le ciel par une étrange traînée lumineuse :

Un météorite de grande magnitude trace un immense éblouissement au-dessus de la montagne sacrée d’Arunachala ; venue du Sud, la déchirure de lumière va se perdre au sommet du mont.

Les témoins du phénomène sont surpris par la beauté et la lenteur du météore, mais aussitôt ils sont pris d’un pressentiment ; une foule inquiète se précipite alors vers l’ashram où réside Sri Ramana, le sage de la montagne.


Au même moment, à Pondichéry, Mira Alfassa, la mère de l’ashram de Sri Aurobindo, prend l’air sur sa terrasse ; surprise par la lumière céleste elle murmure à son entourage : « Tiens, une grande âme s’en est allée ! »


Annamalai Swami, un proche disciple de Sri Ramana, était assis devant la hutte qu’il occupait aux abords de l’ashram ; souffrant de graves troubles gastriques il ne pouvait voir la grande lumière dans le ciel (…)

Beaucoup de gens ont vu cette lumière et ont rapporté qu’elle ressemblait à un météore ; elle m’apparut sous une forme différente : je vis au milieu du ciel une grande colonne de lumière (…)

Tandis qu’elle se manifestait pendant une période d’environ deux minutes, elle descendait lentement vers l’ashram.

Quelques minutes plus tard, un sâdhu vint me dire que Sri Ramana était mort…

Au moment exact où l’on m’annonça la nouvelle, les maux d’estomac s’évanouirent et ne réapparurent jamais. »


À Tiruvannamalai ; le photographe Henri Cartier Bresson, à la vue de cette lueur déchirant le ciel, se rend en hâte à Ramanashram.

Les jours précédents il avait photographié Sri Ramana Maharshi, exsangue, rongé par un cancer, allongé sur son sofa.

Seul son regard de braise témoignait de la vie intense qui l’animait.


À 18 heures 47, précise, après avoir demandé qu’on le mette en position assise, Sri Ramana offre un dernier regard à la foule, une larme perle alors au coin de ses yeux et le saint homme rend son dernier souffle à l’Infini dans lequel il s’était immergé au sortir de l’enfance.

L’évènement prend immédiatement une ampleur mondiale ; le reportage et les photos de Cartier Bresson paraissent dans la presse internationale (notamment Life Magazine) ; Tous ceux qui connaissaient l’existence de ce mystique hindou réalisent alors que l’humanité vient de perdre la présence physique de l’une des plus grandes
Âmes de son histoire.


Dans l’enceinte de l’ashram, dans les rues de la ville, partout, c’est l’effervescence et le désespoir.

Tous veulent toucher le corps recroquevillé que l’on sort de la salle de méditation.

Des milliers de témoins se sentent soudain comme orphelins, les disciples pleurent doucement dans la poussière du soir.

Ils ont déjà oublié les paroles que leur maître leur avait offertes quelque temps auparavant :

« Ne vous accrochez pas à la forme du gourou : elle périra (…)

Le vrai Bhagavan réside dans votre cœur comme votre propre Soi.

Voilà qui je suis vraiment. »



Bhagavan Sri Ramana Maharshi




Billet proposé par Aron O’Raney