Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Voyage Dans Une Tombe Privée








Le voyage vers l'autre monde


Deux étapes majeures ponctuaient ce dangereux périple. 

Pour rejoindre le lointain Occident où demeuraient les entités de l'au-delà, il fallait franchir les étendues désertiques qui s'ouvrent dès que l'on quitte la terre d'Égypte.

Cette aventure est toute symbolique et les menaces qui pèsent sur le défunt sont évoquées par des images : celles des animaux qui peuplent le désert.

En les combattant victorieusement, le mort assurait son arrivée à bon port.

Restait un autre voyage à accomplir, aquatique celui-ci. 

Il évoquait la progression du défunt dans un milieu marécageux qui symbolisait le sein de la grande déesse mère. 

Cette gestation, toute mystique, n'était pas exempte de dangers.

Dans les chapelles, on peut assister à des scènes de pêche.

En dehors des besoins alimentaires, le propos était de repousser magiquement les émissaires du désordre qui pouvaient s'opposer à la renaissance du mort.

À l'Ancien Empire, on chassait sans merci le redoutable hippopotame, tandis que les nobles thébains se firent représenter en train d'abattre les canards sauvages.

Ils harponnent également deux poissons. Le premier figure leur propre aspect en Osiris flottant entre deux eaux, immersion préalable au voyage vers l'éternité.

Le second, une entité solaire, évoque leur future remontée à la lumière.


La foi en l'éternel retour


Les scènes illustrant les travaux agricoles sont un moyen symbolique d'inclure le défunt dans le cycle de l'éternel recommencement de la vie naturelle.

Elles permettaient en outre, par la magie de l'image, de pourvoir à jamais les autels funéraires.

Les nombreuses offrandes représentées sur les parois devaient suppléer les nourritures terrestres si elles venaient à manquer. 

En figurant toutes les étapes de leur production, on assurait également des vivres frais et abondants au candidat à l'éternité.


Le triomphe du défunt


Enfin, en dehors de quelques scènes religieuses réservées au fond de la chapelle, de nombreuses représentations évoquent les principales étapes de la carrière d'un haut fonctionnaire.





Il ne s'agit pas uniquement de tirer gloire de son succès social.

Les récompenses accordées par le souverain sont le témoignage que ces grands personnages ont oeuvré pour l'ordre social, la Maât.

La tombe elle-même en est une preuve. 

L'éternité était conçue comme l'insertion des défunts parmi les puissances invisibles qui repoussent sans cesse le chaos.

Comme il était impossible d'en donner une illustration tangible, les Égyptiens ont utilisé leur destin de vivant pour évoquer ce qu'ils souhaitaient devenir : des agents de l'équilibre cosmique.

Dans l'embrasure de la chapelle, paré de ses plus beaux atours et parfois accompagné de son épouse, le défunt victorieux des forces des ténèbres salue le soleil levant et participe désormais des forces qui contribuent à son perpétuel renouvellement.



Billet proposé par Aron O’Raney