Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Si On Parlait De La Mort








Al-Mitra prit la parole et dit :


« À présent, nous souhaitons t'entendre parler de la Mort. »


Il répondit alors :


« Vous voudriez connaître le secret de la mort,
Mais comment le trouverez-vous si vous ne le cherchez
au cœur de la vie ?


Le hibou, dont les yeux voués à la nuit sont aveugles au jour,

ne peut dévoiler le mystère de la lumière.


Si vous voulez vraiment voir l'esprit de la mort,

Ouvrez grand votre cœur vers le corps de la vie.


Car la vie et la mort ne font qu'un,

comme sont un la rivière et la mer.


Dans les profondeurs de vos espoirs et de vos désirs

repose votre silencieuse connaissance de l'au-delà ;

et comme la semence qui rêve sous la neige,

votre cœur rêve du printemps.


Ayez foi en vos rêves,

car en eux est cachée la porte de l’éternité.


Votre crainte de la mort est pareille

au tremblement du berger devant le roi

qui va l'honorer en posant la main sur lui.


Sous ce tremblement,

le berger n'est pas réjoui d'avoir à porter la marque du roi ?


Et pourtant n'est-il pas plus conscient encore de son tremblement ?


Qu'est-ce que mourir,

si ce n'est se tenir nu dans le vent

et se dissoudre dans le soleil ?


Et qu'est-ce que cesser de respirer,

si ce n'est libérer le souffle de ses incessantes marées,

pour qu'il s'élève et se dilate à la recherche de Dieu,

libéré de toute attache ?


C'est seulement lorsque vous aurez bu

à la rivière du silence

que vous pourrez véritablement chanter.


Et quand vous aurez atteint le sommet de la montagne,

vous commencerez à gravir.


Et quand la terre aura réclamé vos membres,

vous saurez véritablement danser. »




Le Prophéte, Extraits 101,103 —



Khalil Gibran


Billet proposé par Aron O’Raney