Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Rires Et Larmes








Je n'échangerais pas les rires de mon cœur contre toutes les richesses du monde ;

je n'éprouverais aucune joie à convertir mes larmes en quiétude, si mon être angoissé m'y invitait. 

Je nourris l'espoir fervent que ma vie entière sur cette Terre soit toujours larmes et rires. 


Les larmes qui purifient mon cœur et me révèlent le secret de la vie et ses mystères.

Les rires qui me rapprochent de mes semblables ;

Les larmes grâce auxquelles je rejoins les cœurs brisés,

Les rires qui symbolisent la joie par-delà ma véritable existence. 


Je préfère mille fois la mort dans le bonheur que la vie vaine et désespérée.

Mon désir est une éternelle faim d'amour et de beauté ; je sais désormais que ceux qui connaissent l'opulence sont malheureux,

Tandis que pour mon esprit les soupirs des amants sont plus apaisants que la musique de la lyre.


Quand la nuit tombe, la fleur replie ses pétales et s'endort avec l'Amour, et à l'aube elle entrouvre ses lèvres

Pour recevoir les baisers du Soleil tavelé par les petits dards des nuages qui ne font que passer.

La vie des fleurs est espoir, accomplissement et paix ; larmes et rires. 


L'eau disparaît, s'élève et se transmue en nuages qui se rassemblent au-dessus des collines et des vallées ;

et quand elle rencontre la brise,

Elle retombe sur les champs et rejoint le ruisseau qui chante en suivant son cours vers la mer.

La vie des nuages est une vie d'adieux et de retrouvailles ; larmes et rires. 

C'est ainsi que l'esprit se détache du corps et parcourt le monde de la matière,

passant comme un nuage au-dessus des vallées du chagrin et des montagnes du bonheur

jusqu'à ce qu'il rencontre la brise de la mort et retourne à son lieu de départ, 

Cet océan infini de l'amour et de la beauté qui est Dieu.



Rires et Larmes, Extrait 7,8 —



Khalil Gibran 



Billet proposé par Aron O’Raney