Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Parle-Nous De La Religion






Il répondit : « Ai-je parlé, en ce jour, d'autre chose ?


La religion n'est-elle pas toute action et toute réflexion,

Et ce qui n'est ni action ni réflexion, 
mais un émerveillement et une surprise qui ne cessent 
de jaillir dans votre âme,

même si vos mains taillent la pierre ou tendent le métier à tisser ?


Qui peut séparer sa foi de ses actes ou sa croyance de ses occupations ?


Qui peut étaler ses heures devant lui en disant : 
« Ceci est pour Dieu et cela pour moi ;
ceci est pour mon âme et cela pour mon corps. »


Toutes vos heures sont des ailes 
qui battent à  travers l'espace entre soi et soi.


Celui qui porte sa moralité 
comme son plus beau costume ferait mieux d'aller nu.


Ni le vent ni le soleil ne troueront sa peau.


Et celui qui règle sa conduite sur des principes normaux
emprisonne son oiseau chanteur.


Le chant le plus libre ne passe pas à travers
des barreaux et des grilles.


Et pour qui son culte est une fenêtre à ouvrir et également à fermer,

celui-là n'a pas encore visité la demeure de son âme
aux fenêtres ouvertes d'une aurore à l'autre.


Votre vie quotidienne est votre temple et votre religion.


Lorsque vous y entrez,
prenez avec vous tout ce qui vous appartient.


Prenez la charrue et la forge,

prenez le maillet et le luth,


Et tout objet que vous avez façonné par nécessité ou par plaisir.


Car dans vos rêveries vous ne pouvez vous élever au-dessus

de vos réalisations ni tomber plus bas que vos défaites.


Et prenez avec vous toute l'humanité, Car dans l'adoration vous ne saurez voler plus haut que leurs espoirs,

ni vous humilier plus bas que leurs désespoirs.


Et si vous voulez connaître Dieu,

ne soyez pas là à résoudre des énigmes.


Regardez plutôt autour de vous et vous Le verrez jouant avec vos enfants.


Regardez le ciel et vous Le verrez marchant dans les nuées,

ouvrant les bras dans les éclairs et descendant avec la pluie.


Vous Le verrez souriant dans les fleurs,

puis Se levant et agitant les mains dans les arbres. »




Le Prophéte, Extraits 98,100 —


Khalil Gibran



Billet proposé par Aron O’Raney