Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Le Voile







La parole qui de l'âme s'élève,
sur l'âme forme un voile

Sur les perles et le rivage de la mer,
la langue forme un voile

L'expression de la sagesse est certes
un prodigieux soleil

Mais sur le soleil des vérités,
l'expression forme un voile

Le monde est écume
et les attributs de Dieu comme l'océan

Sur la surface de l'océan,
l'écume de ce monde forme un voile

Fends donc l’écume pour arriver à l’eau

Ne regarde pas l’écume de l’océan,
car elle forme un voile

Aux formes de la terre et aux cieux,
ne songe pas

Car les formes de la terre et du temps
forment un voile

Brise la coquille des mots pour atteindre
la substance du Verbe

Car la chevelure, sur le visage des idoles,
forme un voile

Toute pensée dont tu crois qu’elle enlève un voile

Rejette-la, car c’est elle qui alors,
devant toi, forme un voile

C’est le signe du miracle de Dieu que ce monde vain

Mais sur la beauté de Dieu,
ce signe forme un voile

Bien que notre existence soit un dépôt de Shams de Tabriz

Ce n’est que vulgaire limaille
qui sur la mine forme un  voile.

LAR, n° 921.



La commotion intérieure produite par l'expérience de l'amour provoque chez Rûmî des images visionnaires qui s'expriment en termes surréalistes. Les scènes décrites dans certains poèmes relèvent de ce que l'on appelle le « monde imaginal », un monde spirituel plus intense, dans sa réalité que la réalité ordinaire, littéralement « surréel ». On voit ici que la relation d'âme à âme entre l'Aimé et l'amant se situe dans ce monde où le paradoxe est la norme et l'impossible, le mode opératoire majeur. Jusqu'à la stupéfaction.

Djalâl ad-Dîn Rûmî

Billet proposé par Aron O’Raney