Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Le Culte d'Aton, Un Monothéisme ?







« Premier Prophète De L'histoire », « Pharaon Mystique », « Faux Prophète », « Rationaliste Radical »...

Depuis la redécouverte d'Akhénaton par les Occidentaux au XIXe siècle, sa personnalité fascine.

Un fondateur de religion imposant à une Égypte foisonnante de Dieux une unique divinité, Aton : voilà bien de quoi stupéfier des esprits imprégnés de monothéisme.

Jusqu'à Freud, selon lequel Moïse, un Égyptien, aurait transmis aux Hébreux la religion d'Akhénaton !

« Fils élu d'Amon « le caché » », le dieu dynastique, lors de son accession à la royauté, le quatrième des Amenhotep « Amon est satisfait » devient en quelques années Akhénaton, « celui qui est utile au Disque ».

Le changement d'orientation théologique est décidé dans la première année de son règne, où il fait construire dans le fief même d'Amon-Rê, à Karnak, un temple à sa nouvelle divinité.

Cinq ans plus tard, le roi change de nom et bâtit une capitale adaptée à sa théologie.

Sa vie devient une liturgie à la gloire du Disque, le couple qu'il forme avec Néfertiti incarnant celui du Dieu Soleil Rê et d'Hathor, sa compagne, déesse de l'amour.

À la fois fils et grand prêtre du Dieu, le « bel enfant d'Aton » est le seul à être en contact direct avec son « père ».

les rayons bienfaisants


« Le dieu d'Akhénaton n'est pas Aton, précise Claude Traunecker, c'est la lumière, la force de vie qui est dans le Disque. Aton n'en est que le signe tangible. »

La divinité, dont le nom complet est « Rê-Horakhty qui jubile dans l'horizon en son nom de Shou qui est dans l'Aton », n'a pas surgi brusquement dans l'esprit d'un « fou de Dieu » perdu dans des spéculations mystiques.

Elle est l'ultime avatar d'une conception de la divinité développée au cours de la XVIIIe dynastie (1550-1291). « À cette époque, les intellectuels égyptiens observent de plus en plus finement la nature », remarque Claude Traunecker.

Alors que la mythologie traditionnelle se préoccupait du sort du Soleil lors de son trajet invisible, l'intérêt se déplace vers sa course céleste. Amon fusionne progressivement avec Rê, l'animateur du cosmos, pour devenir Amon-Rê sous le règne D'Amenhotep III, père d'Akhénaton.

Akhénaton et sa famille. Tombe d'Amarna -


L’« atonisme » est-il un monothéisme ?

Pour Claude Traunecker, « le culte « antonien » n'est pas contradictoire avec le culte « amonien ». Il met en oeuvre une autre vision, physique, de L’imaginaire.

Peut-être faut-il voir là-dessous des histoires d'argent.

Akhénaton a fait marteler les noms de certains dieux, surtout Amon. Mais pas tous... Aurait-il respecté ceux dont le clergé a accepté de contribuer financièrement à son nouveau culte ? »

Dimitri Laboury voit en l’« atonisme » la synthèse de deux tendances qui s'affirment au Nouvel Empire : une théologie solaire universaliste et une religiosité plus individuelle... dans ce cas, réservée au roi !

« Comme Jan Assmann, professeur d'égyptologie à Heidelberg, l'a mis en évidence, l’« atonisme » constitue une Sortie du phénomène religieux : il se structure autour d'un objet physique avec lequel le fidèle, sauf le roi, n'a aucun contact. »

Assmann a repris en l'infléchissant l'hypothèse de Freud : Akhénaton, refoulé dans la mémoire égyptienne, aurait ressurgi sous le nom de Moïse à la période hellénistique.

Car il y a bel et bien eu traumatisme. En témoigne la réussite des successeurs d'Akhénaton à effacer pour des millénaires l'épisode amarnien.



Source: Science et Vie - Hors série - Janvier-février 2011 -




Billet proposé par Aron O’Raney