Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Le Chemin Vers Le Bonheur







Considérer le mental comme la cause primordiale du bonheur ne suppose pas la négation des besoins physiques — se nourrir, se vêtir, avoir un toit.
Mais, une fois assouvis ces besoins élémentaires, le message est clair : à quoi bon plus d'argent, de réussite, de renommée ?
Même un physique sans défaut ou une épouse idéale ne sont pas des nécessités. Nous possédons un esprit ? C'est là tout l'équipement dont nous avons besoin pour vivre un complet bonheur.

— On évoque généralement l’« esprit » ou la « conscience ».

En fait, il en va des choses de l'esprit comme des objets : certaines sont très utiles, ou très nuisibles, et d'autres sont neutres.

Dans la vie matérielle, nous prenons la peine de repérer les substances ou les produits utiles, et nous nous débarrassons de ce qui est nocif.

De même, l'esprit renferme des milliers de pensées ou d'« états d'esprit » différents. Il en est de très utiles : il faut s'en servir et les entretenir. D'autres sont négatifs : il faut essayer de les résorber.

En somme, le premier pas dans la recherche du bonheur, c'est l'apprentissage.
Nous devons d'abord apprendre en quoi les émotions et les comportements négatifs nous sont dommageables et en quoi les émotions positives nous sont salutaires.

En outre, il faut comprendre que ces émotions ne sont pas seulement nocives pour notre individu, mais qu'elles le sont également pour la société et l'avenir du monde entier.

Fort de cette prise de conscience, on est plus déterminé à dépasser ce type d'émotions. Ensuite, on mesure tout le bénéfice des attitudes positives, ce qui pousse à les nourrir et à les intensifier.

Même si la tâche est ardue, on y est conduit par une espèce de volonté spontanée qui émane de l'intérieur. C'est ce processus d'apprentissage et d'analyse qui raffermit peu à peu notre détermination au changement.

À ce stade, le secret du bonheur est entre nos mains.

— Le bouddhisme reconnaît dans le principe de causalité une loi naturelle. Devant la réalité, cette loi s'impose à tous.

Par conséquent, dans la vie de tous les jours, s'il est un événement que l'on ne souhaite pas vivre, la meilleure méthode pour ne lui laisser aucune place, c'est de faire barrage à l'enchaînement habituel de ses causes.

Inversement, si l'on veut qu'un événement se produise ou connaître une expérience, alors, en toute logique, il convient de rechercher et de multiplier les circonstances propices à sa réalisation.

— De même, si l'on désire le bonheur, on doit en rechercher les causes et, si l'on ne désire pas souffrir, il faut savoir s'écarter des sources de souffrance.

Ce principe de causalité est de la première importance.

— Il suffit de passer en revue les états mentaux que nous connaissons pour les classer en vertu d'un seul et unique critère : mènent-ils ou non au bonheur ?

— Prenons par exemple la jalousie ou la colère : il est clair que ces dispositions d'esprit détruisent le socle mental du bonheur.

Il suffit de nourrir de l'aversion ou de la rancune, de se gorger de haine pour que tout le monde vous paraisse inamical ou hostile, ce qui fait la part belle à la peur, à l'inhibition, à l'impression d'insécurité et au repli sur soi.

C'est la haine qui alimente ces émotions-là. Au contraire, la gentillesse et la compassion sont salutaires.

— Je dirais qu'une personne chaleureuse, empreinte de compassion, une personne de cœur, est équilibrée :
Si la compassion, la gentillesse et l'affection vous animent, du même coup cela vous donne la clé de votre serrure intérieure et vous communiquez bien plus facilement avec les autres.
La chaleur humaine permet l'ouverture.
Vous découvrez que tous les êtres humains sont comme vous, tout simplement. Et il vous est bien plus facile d'instaurer une relation.

Tout cela vous met dans des dispositions amicales. Vous avez moins besoin de vous cacher. Spontanément, la peur, le doute et l'insécurité se dissipent.

Du coup, les autres vous font confiance.

Et la réciproque est vraie : supposons que vous reconnaissiez les mérites de l'autre, que vous le sachiez digne de confiance, mais que vous le sentiez mal disposé à votre égard.

Alors vous resterez sur vos gardes. Vous vous direz : « Je connais ses capacités, mais puis-je vraiment me fier à lui ? »

Vous conserverez toujours une appréhension qui créera une sorte de distance.

— En somme, la gentillesse et la compassion mènent sans aucun doute à un meilleur équilibre psychologique et au bonheur.



L’Art Du Bonheur — Extrait des entretiens (1982) entre le Dalaï-Lama et Howard Cutler — Psychiatre - neurologue.




Billet proposé par Aron O’Raney