Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Le Carré, Aspects Symboliques







Le carré est l'une des figures géométriques le plus fréquemment et le plus universellement employée dans l'expression symbolique ; il est l'un des quatre symboles fondamentaux avec le Centre, le Cercle, et la Croix.

Il est le symbole de la Terre, par opposition au Ciel, mais aussi à un autre niveau, il est le symbole de l'Univers créé Terre et Ciel, par opposition à l'incréé, et au créateur ; il est l'antithèse du transcendant.

Le Carré revêt une importance majeure dans le symbolisme initiatique, car il apparaît comme le véhicule de la manifestation divine ; c'est pourquoi il est indissolublement lié au cercle.

Cependant, la forme quadrangulaire s'en différencie, car elle exprime le temps chronologique, donc une fraction limitée extraite de l'éternité.

Ce qui nous fait penser à cette vie, à ce corps, à cette fixation ou enchaînement présent, à la nécessaire recherche des moyens de son affranchissement. Ce qui s'opère par la quête de la voie de sagesse à défaut d'atteindre celle de la sainteté.

Le carré demeure dévolu au terrestre ou plan horizontal, par rapport au cercle de nature céleste et verticale. Pourquoi cela ? Tout simplement parce que les Anciens pensaient que la Terre était carrée, fixe, immuable, par rapport au Cosmos.

Plat, lisse, dans le plan, il fait remarquablement ressortir la perfection volumique dans le domaine de la matérialité terrestre.

Ce qui s'exprimera par le passage du carré au cube qui n'est rien d'autre que la projection spatiale du carré ou sa spiritualisation.

Cette progression se remarque discrètement dans le cheminement symbolique « travail du Compagnon qui s'effectue dans le plan avec l'influence du niveau, mais sur la pierre cubique, emblème de la projection du carré vers le ciel ou expression du passage de la vie limitée vers la vie éternelle ».

D'où cette stabilité qui s'affirme avec la répétition quaternaire de sa mesure.

Ce qui s'énonce par la projection de l'unité dans la cardinalité :

Nord : Justice — Sud : Tempérance
Est : Prudence — Ouest : Force

Ces quatre directions spatiales se rapportent aux vertus cardinales.

On remarque l'absence des directions les plus importantes : la profondeur et la hauteur qui relèvent d'un univers non accessible au carré et à ce qui s'y rattache.

En effet, le carré s'avère « superficiel », sans racine ou profondeur, sans perspective d'élévation.

La racine correspond à l'origine ou passé et la projection verticale au futur ou devenir.

Le « principe », restant dans le centre d'où part le rayon qui va dessiner et inscrire le carré dans le cercle, mais aussi le carré dans le cercle, fait intervenir à ce plan la figure de la croix et celle du Christ, l'homme carré par excellence.

La figure de la loge s'énonce par la formule du Carré long.





Carré D'un Nombre


De nombreux âges « symboliques » interviennent comme le produit du carré d'un nombre. Si la Maçonnerie moderne a altéré, dans quelques rites, plusieurs données « avant 1775, dans la Maçonnerie templière l'âge du Maître Maçon s'avérait le carré de celui de l'Apprenti », d'où la batterie novenaire qui existe toujours aujourd'hui, on rencontre encore à certains degrés des âges qui sont le produit d'une puissance.

Au Rite Écossais Rectifié, c'est le cas pour le Maître Écossais de Saint-André. Dans l'essence ou esprit de ce rite, ce qui constitue l'essentiel n'est pas le produit du carré, mais le carré en lui-même. Le Maître X n'a pas tel âge, mais x fois x années, ce qui s'exprime par l'implantation particulière des lumières d'ordre au centre de la loge verte.

Pour Willermoz et Saint-Martin, ce nombre se rapportait à l'âme et aux « opérations spiritueuses » correspondantes.

Au Rite Écossais Ancien & Accepté, on observe aussi cette particularité du carré d'un nombre affecté à l'âge symbolique des 4e et 14e degrés.


Carré Long


La plupart des instructions maçonniques font réponse à la question :

« Quelle est la forme de la loge ? » : « Un Carré Long ».

D'où vient cette appellation pour le moins étrange de carré long donnée à un rectangle ?

Car si la figure de la loge s'avère rectangulaire, on n'y voit guère de carré parfait. La réponse se trouve liée à la notion de temple.

En effet, dans les anciens systèmes initiatiques « égyptiens avec les mystères d'Osiris ou d'Isis puis grecs avec les mystères Orphiques ou d'Éleusis », la construction des temples devait se faire selon des proportions ou valeurs particulières.

Les nombres ou rapports de construction déterminés, correspondaient à la projection concrète des trois aspects de la triade concernée.

La triade « hindouiste », la trinité chrétienne ne diffèrent en rien de ce principe. L'architecture sacrée se manifestait par la « projection » dans le plan de la forme de deux carrés parfaits juxtaposés l'un à l'autre.

La figure égale des quatre côtés symbolisant le cosmos, chaque pilier dit « d'angle » exprimait alors une signification relative à l'un des éléments et sa translation vitale dans le monde sensible.

Au plan symbolique, le prolongement du carré, magnifiant la puissance du  nombre, annonce la mise en mouvement ou ébranlement de l'énergie qui amorce un mouvement ascensionnel pour parvenir à une forme volumétrique nouvelle : le cube.

Si le cube va devenir déterminant dans différentes traditions, il transite obligatoirement par le carré qui en constitue la prime étape, la base sur laquelle On va pouvoir élever.

Ainsi les églises bâties en Angleterre, aux XIe et XIIe  siècles, le sont-elles sur un plan carré, telle la cathédrale d'Oxford, etc.

Toutes les constructions cisterciennes de Grande-Bretagne comme celles des pays germaniques s'élèveront autour de ce carré central. On parlera d'Église « Ad quadratum ».

Villard de Honnecourt, qui a groupé au XIIIe siècle des dessins stylisés, nous donne le plan d'une église cistercienne du XIIe siècle, tracée « ad quadratum ».
Celle-ci offre des analogies avec les mesures du microcosme, c'est à dire de l'homme selon Sainte Hildegarde. L'Homme « hildegardien » les pieds joints et les bras étendus, comporte cinq mesures égales dans le sens de la longueur et de la largeur.

En loge, le carré long désigne aussi le rectangle qui s'inscrit entre les trois piliers ou grands chandeliers qui encadrent le Pavé Mosaïque.

Cet espace sacré reste inviolable, infranchissable, sauf à certains moments des cérémonies de réception.



Source Documentaire : Jean Chevalier, Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles - Christian Guigue, La Formation Maçonnique -



Aron O’Raney