Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

La Vérité, « Satya »…





Le mot satya, signifie « vérité » il vient de sat, qui signifie être.

Dans la réalité, il n'est rien, il n'existe rien sauf la Vérité.

C'est pourquoi « Sat » ou Vérité est peut-être le nom le plus important de Dieu. En fait, dire que la Vérité est Dieu est plus juste que de dire que Dieu est Vérité.

Mais de même que nous ne saurions nous passer d'un souverain ou d'un général, des appellations de Dieu telles que Roi des Rois ou Tout-Puissant, sont d'un usage courant et le resteront.

Si pourtant on réfléchit un peu plus profondément, on se rendra compte que Sat ou Satya est, pour désigner Dieu, le seul nom qui soit exact et qui ait un sens complet.

Là où est la Vérité est aussi la connaissance qui est vraie. Là où il n’y a pas de Vérité, il ne saurait y avoir de connaissance vraie.

C’est pourquoi on associe le nom chit ou connaissance à celui de Dieu. Et là où se trouve la connaissance vraie, il y a toujours de la joie (ânanda), il n’y a aucune place pour la douleur. De même que la Vérité est éternelle, la joie qui en dérive est éternelle aussi. C’est pourquoi nous connaissons Dieu sous le nom de « Sat-Chit-Ananda », Celui qui réunit en soi la Vérité, la Connaissance et la Joie.

Seule la dévotion à cette Vérité justifie notre existence. La Vérité doit constituer le centre de toute notre activité. Elle devrait être le souffle même de notre vie. Lorsque le pèlerin est arrivé à cette étape de la route qu'il parcourt, il découvre sans aucun effort toutes les autres règles de vie et il s'y conforme instinctivement. Mais sans Vérité il serait impossible d'observer dans l'existence aucun principe ou aucune règle.

On croit en général que pour obéir à la loi de la Vérité il suffit de dire la vérité. Dans notre âshram, nous devons donner au mot satya ou vérité une signification beaucoup plus étendue. La Vérité doit se manifester dans nos pensées, dans nos paroles et dans nos actions. Pour celui qui a réalisé la Vérité dans sa plénitude, il ne reste plus rien à apprendre, car toute connaissance est nécessairement comprise dans la vérité. Ce qui n'en fait pas partie n'est pas Vérité et par  conséquent n'est pas connaissance véritable.

Or il ne peut y avoir de paix intérieure sans  connaissance véritable. Une fois que nous saurons appliquer ce critérium infaillible de la Vérité, nous pourrons immédiatement discerner ce qui vaut la peine d'être fait, ou d'être vu, ou d'être lu.

Mais comment réaliser cette Vérité, qui rappelle un peu la pierre philosophale ou la vache intarissable (1) ? On y parvient, nous dit la Bhagayad Gîtâ, par une dévotion à  laquelle on consacre tout son esprit et par l'indifférence à tous les autres intérêts que peut offrir la vie. Néanmoins, malgré toute cette dévotion, ce qui peut sembler vérité à l'un semble fréquemment erreur à l'autre. Que cela ne trouble pas le chercheur. Si l'on fait un effort sincère, on s'apercevra que les vérités différentes en apparence sont comme d’innombrables feuilles, qui paraissent différentes, et qui sont sur un même arbre. Dieu Lui-même ne Se montre-t-Il pas à différentes personnes sous différents aspects ? Et pourtant nous savons qu’Il est un. Mais Vérité est l’appellation exacte pour Dieu.

(1) Kamdhenu était une vache mythologique qui appartenait à un sage appelé Vasishtha. Quoi qu'il lui demandât, elle le lui fournissait. L'expression est maintenant entrée dans la langue courante dans toute l'Inde.

Il n’y a donc aucun mal à ce que chacun recherche la Vérité selon ses propres lumières. C’est même le devoir de chacun de nous. Quand on s’y conforme, toute erreur qu’on peut faire dans cette poursuite de la Vérité se corrige automatiquement. Car cette recherche nécessite des tapas (1a), des austérités volontairement acceptées, qui peuvent parfois conduire jusqu’à la mort. Elle ne laisse aucune place pour la plus petite ombre de préoccupations personnelles intéressées. Dans cette recherche désintéressée de la Vérité, nul ne peut s’égarer longtemps. Dès qu’on s’engage sur la mauvaise voie, on trébuche et on est ainsi dirigé de nouveau vers le bon chemin. La poursuite de la vérité est donc de la véritable Bhakti « dévotion ». C’est le chemin qui mène à Dieu. On n’y trouve place ni pour la lâcheté, ni pour la défaite. C'est le talisman qui fait de la mort elle-même la porte de la vie éternelle.


A ce sujet, il serait bon de méditer Sur la vie de Harishchandra (1b), de Prahlâda (2), de Râmachandra (8), d’Imam Hasan et Imam Husain (4), des saints chrétiens, etc., et sur les exemples qu’ils nous donnent. Comme ce serait beau si tous, jeunes et vieux, hommes et femmes, nous nous consacrions entièrement à la Vérité dans tout ce que nous pouvons faire quand nous sommes éveillés, que nous travaillions, mangions, buvions ou jouions, jusqu'à ce que la dissolution de notre corps fasse que nous devenions Un avec la Vérité ! Dieu comme « Vérité » a été pour moi un trésor inestimable ; puisse-t-il l'être aussi pour chacun de nous !



(1a) Par tapas on entend un effort intense et continu combiné avec diverses austérités, et que l'on considère comme nécessaire pour atteindre le but qu'on s'est assigné.

(1b) Harishchandra était un roi mythologique d'Ayodhya  célèbre pour sa générosité et pour sa fidélité absolue à la Vérité. Le rishi Vishvamitra, sous un déguisement, le soumit aux épreuves les plus douloureuses, dont il sortit toujours avec succès.

(2) Le père de Prahlâda était un démon incarné dans le Corps d'un roi (Hiranyakashipu). Il refusait de rendre hommage aux dieux, et de ne faire aucune prière ou sacrifice. Il chercha mainte fois à faire périr son fils qui s'obstinait à suivre la droite voie. Il le fit piétiner par un éléphant, précipiter du haut d'une tour, jeter dans un brasier, mais toujours Prahlâda fut miraculeusement sauvé de la mort.

(3) Le principal personnage de l'épopée connue sous le nom de Ramâyana.

(4) Deux saints musulmans qui donnèrent leur vie en défendant le gendre du prophète contre celui qu'ils considéraient Comme un usurpateur. C'est en leur honneur qu'est célébrée chaque année la fête de Muharram.


- Extrait de « Lettres à l’Âshram » —


Gandhi —



Billet proposé par Aron O’Raney