Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Ahimsâ Et Vérité






Le sentier de la Vérité est aussi étroit qu’il est droit. Il en est de même du sentier de l’ahimsâ. C’est comme si l’on se tenait en équilibre sur le tranchant d’une épée.

En concentrant ses facultés, un acrobate peut danser sur une corde raide. Mais il faut une concentration beaucoup plus grande encore pour suivre le sentier de la Vérité et de l’ahimsâ. La plus légère inattention vous en fait choir.

Ce n’est que par un effort incessant que l’on peut arriver à réaliser en soi la Vérité et l’ahimsâ. Il nous est impossible de réaliser la Vérité parfaite tant que nous sommes prisonniers de cette enveloppe mortelle.

Nous ne pouvons que nous la représenter par l’imagination.

Notre corps éphémère n’est pas un instrument avec lequel nous puissions voir face à face la Vérité, qui est éternelle.

C’est pourquoi on est finalement amené à compter sur la foi.

L’ahimsâ n’est pas la chose simple et grossière qu’on a dépeinte. Ne faire de mal à aucun être vivant est sans doute une partie de l’ahimsâ, mais ce n’en est que le plus petit aspect.

Le principe de l’ahimsâ est enfreint par toute pensée mauvaise, par toute hâte injustifiée, par le mensonge, la haine, le fait de souhaiter du mal à quiconque.

On le viole également lorsqu’on retient pour soi ce dont le monde a besoin. Le monde a besoin même de ce que nous mangeons chaque jour !

À la place que nous occupons, il y a des millions de micro-organismes à qui cette place appartient, et que notre présence fait souffrir.

Alors que faire ? Faut-il nous suicider ?

Cela même n’est pas une solution puisque nous admettons que l’esprit, tant qu’il est attaché à la chair, se tisse un corps nouveau lorsque celui qu’il avait est détruit.

Le corps cessera seulement lorsque nous n’aurons plus pour lui aucun attachement. Cette libération de tout attachement est la réalisation de Dieu comme Vérité.

Cette réalisation ne peut être atteinte hâtivement.

Le corps ne nous appartient pas. Tant qu’il dure, nous devons nous en servir comme d’une chose qui nous a été confiée et dont nous sommes responsables.

En considérant ainsi ce qui appartient à la chair, nous pouvons espérer nous libérer un jour du fardeau du corps.

En comprenant les limitations auxquelles la chair est sujette, nous devons quotidiennement nous efforcer vers l’idéal, avec toute la force que nous pouvons avoir en nous.

Ce qui précède aura peut-être fait comprendre que sans ahimsâ, il est impossible de chercher et de trouver la Vérité.

L’ahimsâ et la Vérité sont si étroitement entrelacés qu’il est pratiquement impossible de les démêler et de les séparer l’un de l’autre.

Ils sont comme les deux faces d’une médaille, ou plutôt d’un disque de métal lisse et sans empreinte.

Qui peut dire quel en est le revers et quel en est l’avers ? Néanmoins, l'ahimsâ est le moyen, la Vérité est le but.

Des moyens, pour être des moyens, doivent toujours rester à notre portée ; aussi l'ahimsâ est-il notre devoir suprême. Si nous prenons soin des moyens, nous sommes certains, tôt ou tard, de parvenir au but.

Une fois que nous avons compris cela, la victoire finale ne fait plus aucun doute.

Quelles que soient les difficultés auxquelles nous nous heurtions, quels que soient les échecs apparents que nous subissions,

il ne nous est pas permis d'abandonner la recherche de la Vérité, qui seule est, puisqu'elle est Dieu Lui-même.


Lettres à l’Âshram - Extraits -


Gandhi
Billet proposé par Aron O’Raney