Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Qu’En Est-il Du Temps...






Il répondit alors :



Vous voudriez mesurer le temps qui est sans mesure et incommensurable.

Vous voudriez ajuster votre conduite et même diriger le cours de votre esprit selon les heures et les saisons.

Et vous voudriez faire du temps une rivière et,
assis sur sa rive,

La regarder couler.


Pourtant ce qui est intemporel en vous est conscient de l'intemporalité de la vie,

Et qu'hier n'est que la souvenance d'aujourd'hui
et demain est le rêve d'aujourd'hui.


Et il sait que ce qui chante et contemple en vous habite toujours à l'intérieur des frontières de ce premier

Instant qui dispersa les étoiles dans le firmament.


Qui parmi vous ne ressent pas que sa capacité d'aimer

Est sans limite ?


Et pourtant qui ne ressent pas que ce même amour, bien qu'illimité,

Est cloîtré au centre de son existence,

ne pouvant se mouvoir d'une pensée d'amour vers une autre pensée d'amour,

ni d'actes; d'amour vers d'autres actes d'amour ?


Le temps n'est-il pas comme l'amour,

Sans division et sans espace ?


Mais si dans votre pensée vous devez mesurer
le temps en saisons,

Que chaque saison englobe toutes les autres.

Que chaque jour embrasse le passé avec le souvenir,

Et le futur avec un ardent désir.



Le Prophéte, Extraits 80,81 —



Khalil Gibran
Billet proposé par Aron O’Raney