Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Qu’En Est-il De La Parole…








Il répondit  :


Vous parlez quand vous cessez d’être en paix avec vos pensées.

Et lorsque vous ne pouvez plus demeurer dans la solitude de votre cœur,

Vous vivez sur vos lèvres,

Et le son qui en sort est divertissement et passetemps.


Dans beaucoup de vos paroles,

La pensée est à moitié assassinée.

Car la pensée est un oiseau de l’espace

qui peut déployer ses ailes dans une cage de mots,

Mais ne peut s’envoler.


Il en est parmi vous qui recherchent les bavards

par crainte de rester seuls.


Le silence de la solitude

Dénude leur être sous leurs yeux,

Ils voudraient alors s'en échapper.


Il en est qui vous parlent et,

Sans le savoir ni le prévoir,

Révèlent une vérité qu'eux-mêmes ne comprennent pas.


Il en est aussi

Qui portent la vérité en eux-mêmes

Et ne la mettent pas en paroles ;

C'est dans le sein de ceux-ci

Que réside l'esprit en silence rythmé.


Lorsque vous rencontrez un ami

sur le bord de la route ou sur la place du marché,

que l'esprit en vous anime vos lèvres

Et guide votre langue,

Et que la voix en votre voix

Parle à l'oreille de son oreille ;

Car son âme garde la vérité de votre cœur

Comme on se souvient du goût du vin,

Même si sa couleur est oubliée,

Même si la coupe n'existe plus.



Le Prophéte, Extraits 77,79 —



Khalil Gibran
Billet proposé par Aron O’Raney