Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Quand m’embrasseras-tu ?



Quand je croirai qu’il m’est donné de croire

Que ces deux lèvres sont ouvertes pour moi.

Pour qui, sinon ?

Pour une voix surgie d’une constellation lointaine.


Sais-tu que tes yeux peuvent donner à la nuit

Les couleurs que tu veux ?

Embrasse-moi !


La pluie derrière la vitre, une braise de l’autre côté.

Pourquoi faut-il qu’il pleuve autant ?

Pour que tu restes en moi...


Le plaisir naît du plaisir.


La pluie qui ne cesse, un feu qui ne s’éteint,

Un corps qui ne finit.

Un désir qui disperse les ombres et les membres.


Nous ne dormons que pour être éveillés

Par le sel assoiffé de miel,

Par l’odeur du café à peine brûlé

Par les embrasements du marbre.


Glaciale et torride est cette nuit,

Glaciale et torride est cette plainte.


Me brûle une soie que rien ne peut froisser,

Qui se tend davantage chaque fois

Qu’elle rencontre ma peau et crisse.


L’air est une pelote d’aiguilles,

Caresse humide et tiède entre mes orteils,


Sur mes épaules comme une vipère

Qui se dresse et siffle sur les braises.


Une bouche qui dévore les présents du corps.


Ne reste de la langue que le cri

De la chambre close

Où s’ébattent des animaux familiers.


Mort que nous nous donnons l’un l’autre,

De l’autre côté de la fenêtre.



Une mémoire pour l’oubli -

Mahmoud Darwich.



Billet proposé par Aron O’Raney