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Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Les Rayons X Authentifient Un Van Gogh




La Nature Morte (Avant) occulte Deux lutteurs


La Nature Morte (Après) Les Deux lutteurs


Deux lutteurs, dont Van Gogh parlait à son frère dans une lettre, se cachaient sous une nature morte dont l'attribution faisait débat.


Le tableau Nature morte avec fleurs des champs et roses a connu une histoire mouvementée.

Après de multiples péripéties et une analyse très fine aux rayons X, des chercheurs néerlandais et allemands se disent désormais certains que la toile a bien été peinte par Vincent Van Gogh (1853 — 1890).

Ils mettent ainsi fin à une controverse vieille de plusieurs décennies.

Les travaux menés conjointement par les universités de Delft et d'Antwerp au synchrotron de Hambourg, en partenariat avec des historiens de l'art du Musée Van Gogh, seront publiés en juin.

Lorsque le Musée Kröller-Müller achète en 1974 la toile de 100 cm sur 80 cm, tout le monde est persuadé qu'elle a été peinte par Vincent Van Gogh lors d'un séjour chez son frère Théo, à Paris, fin 1886.

« Mais une fois accroché, le doute s'est insinué », explique Louis Van Tilborgh, l'un des principaux experts au Musée Van Gogh d'Amsterdam.

Certains trouvaient la toile trop grande pour cette période et la nature morte trop exubérante, trop chargée.

En outre, Van Gogh n'avait pas l'habitude de signer ainsi, en haut à droite.

La science décisive dans l'analyse des Van Gogh

En 2003, le musée a finalement décidé d'attribuer la peinture à un artiste anonyme. Cinq ans plus tard, un premier examen aux rayons X révélait l'image de deux lutteurs sous la nature morte.

Or Van Gogh évoquait dans une lettre enthousiaste à son frère Théo un tableau avec deux lutteurs.

D'autre part, faire poser des modèles masculins à moitié nus et utiliser de grandes toiles est typique de l'école d'Anvers où Van Gogh a étudié début 1886.

Leur existence explique enfin « l'exubérance atypique » de la nature morte qui a dû couvrir la première œuvre.

Mais la qualité de l'analyse ne dévoilait pas suffisamment de détails pour s'assurer que Van Gogh était bien l'auteur des deux figures.

Grâce à une nouvelle technique utilisant aussi des rayons X, les chercheurs ont réexaminé la scène peinte sous la nature morte de manière bien plus fine.

Selon Louis Van Tilborgh, la technique des coups de pinceau et les pigments employés correspondent notamment à ce que savent les experts du travail du maître à Anvers.

« Toutes les pièces du puzzle se sont alors emboîtées» explique-t-il.

La nature morte peut désormais reprendre une place de choix dans la collection Van Gogh du Musée Kröller-Müller.

Ces travaux constituent une nouvelle victoire éclatante de la science dans l'analyse des tableaux du peintre flamand.

Une équipe avait déjà réussi l'an passé à expliquer pourquoi le jaune utilisé par l'artiste brunissait avec le temps.

Et, en 2008, des chercheurs de l'université de Delft révélaient déjà avec une très grande précision, grâce au synchrotron européen, la présence d'un visage caché derrière le tableau Un coin d'herbe:


Un coin d'herbe (Avant)


Un coin d'herbe (Après) Le visage caché



Le Figaro.Fr — Tristan Vey, Damien Hypolite — 20 mars 2012 —


Billet proposé par Aron O’Raney