Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Les Èléments Du Bonheur






S’il est possible d’atteindre le bonheur, explique le Dalaï-Lama, le bonheur n’est cependant pas chose simple.

Pour le bouddhisme, l’accomplissement repose sur quatre facteurs : la richesse, la satisfaction matérielle, la spiritualité et l’éveil.

Ce sont là les quatre éléments constitutifs de la quête du bonheur individuel.

Pour l’instant, laissons de côté les aspirations ultimes de la spiritualité, telles que la perfection et l’éveil au sens bouddhique du terme, et considérons la joie et le bonheur tels que nous les comprenons au quotidien, d’un point de vue strictement matérialiste.

À cet égard, certains atouts maîtres y contribuent.

La bonne santé est considérée comme indispensable à une vie heureuse.

Le confort matériel, l’aisance financière sont également tenus pour des sources de bonheur, de même que les amis, une compagne ou un compagnon.

Tous, nous admettons que, pour profiter pleinement de la vie, nous avons besoin d'un cercle amical et de rapports d'affection et de confiance.

Mais pour jouir d'une vie heureuse et accomplie, la clé est l'état d'esprit.

C'est là l'essentiel.

Si nous faisons un usage bénéfique des circonstances favorables de l'existence, telles la bonne santé, la richesse... pour aider les autres, notre vie n'en sera que plus heureuse.

Évidemment, ces bienfaits sont agréables, mais faute d'adopter l'attitude juste, de porter attention au facteur mental, tout cela n'aura que très peu d'impact sur le bonheur à long terme.

Par exemple, nourrir au fond de soi-même une intense colère portera atteinte à la santé.

Si vous êtes triste ou frustré, votre bien-être physique vous sera d'un maigre secours.

À l'inverse, si vous savez rester calme et paisible, une santé médiocre ne vous empêchera pas d'être très heureux.

Et vous aurez beau posséder de merveilleux objets, un moment de haine et vous n'aurez qu'une envie, vous en séparer, les détruire : à cet instant, ce que vous possédez aura perdu tout intérêt.

Aujourd'hui, au sein de sociétés pourtant très développées, beaucoup de gens ne sont pas heureux.

Sous une opulence superficielle se propage une espèce de  malaise, source de frustration et de querelles inutiles,

qui mène à l'alcoolisme, à la drogue et, dans le pire des  cas, au suicide.

Aussi la richesse seule ne garantit-elle ni la joie ni la plénitude.

On peut en dire autant des amis.

Quand vous êtes furieux, même un ami très proche vous semblera froid, distant, et vous agacera.

On voit à quel point il convient évidemment de prendre le facteur mental très au sérieux.

Laissons de côté la pratique spirituelle, pour placer les choses sur un plan strictement matériel :

Même si l’on n’a pas d’autre préoccupation que de vivre heureux au quotidien, la sérénité et la paix de l’esprit sont les garantes d’une vie de bonheur et de joie.

Le Dalaï-Lama marque un temps de silence, comme pour fixer cette idée :

Surtout, il faut se garder de toute confusion et distinguer cet état d’esprit apaisé de l’insensibilité ou de l’indifférence.

L’apaisement de l’esprit ne signifie nullement le détachement total ou la complète vacuité.

Cette paix de l’esprit s’enracine dans l’affection et la compassion.

Cela requiert un très haut degré de sensibilité et d’émotion.

Tant que l’on manque de cette discipline intérieure qui procure la paix de l’esprit, peu importent les facilités matérielles ou la situation extérieure.

Elles ne vous offriront jamais la joie.

En revanche, si le confort matériel, qu’en temps normal vous jugez nécessaire au bonheur, vous fait défaut,

mais que vous possédiez en vous-même cette paix, et ce degré de stabilité, rien ne vous empêchera de vivre une existence pleinement heureuse.



L’Art Du Bonheur — Extrait des entretiens (1982) entre le Dalaï-Lama et Howard Cutler — Psychiatre et neurologue



Billet proposé par Aron O’Raney