Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Le Philtre D'amour






L'amour du Bien-Aimé m'a coupé de mon âme.

L'âme dans l'amour a échappé au soi.

Puisque l'âme est créée
et l'amour incréé,

Jamais celle-ci
n'atteindra l'existence de celui-là.

Il attire notre âme vers sa proximité.

Il égare hors de lui-même le faucon de l'âme.

Quand l'âme fut perdue,
elle découvrit son existence véritable ;

Ensuite,
l'âme revint à elle-même.

Le lacet de l'amour
alors s'enroula autour d'elle ;

L'amour lui fit boire
un philtre fait de sa réalité,

Tous les autres attachements
la quittèrent aussitôt.

Tel est le signe
du commencement de l'amour :

Mais quant à sa fin,

nul encore n'y a jamais atteint.


OM, N° 991.

Djalâl ad-Dîn Rûmî


Le Bien-Aimé est pour Rûmî une manifestation théophanique ; c'est pourquoi, dans son œuvre, l'amant ne se contente pas d'aimer l'Aimé, il se prosterne devant Lui, Le contemple et, à l'instar des phalènes qui se jettent dans le feu de la chandelle, finit par s'anéantir en Lui. Mais l'Aimé ne Se réduit pas à un seul être, Il est présent partout, Il Se manifeste dans toute la nature, Se donne à voir dans toutes les beautés, Se dévoile à tout instant pour l’œil qui sait voir. Dans l'amour mystique, ce qui est en jeu, c'est, le processus de dévoilement, qui est mis en œuvre par la présence théophanique et en mots par l’œuvre poétique. Et ceci même si le poète reconnaît que, paradoxalement, les mots voilent autant qu'ils dévoilent et, qu'ultimement, l'expérience mystique dépasse les possibilités du langage, même le plus radicalement poétique.
Billet proposé par Aron O’Raney