Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Jamais partis, jamais arrivés







Leurs cœurs sont des amandes dans les rues.

Les places étaient plus vastes qu’un ciel
qui ne les recouvrait point.

Et la mer les oubliait.

Ils distinguaient leur nord de leur sud,

Lâchaient les colombes de la mémoire,
Vers leurs premières tourelles,

Et capturaient chez leurs martyrs,
Un astre qui les guidait à l’ogre de l’enfance.


Chaque fois qu’ils disaient
Nous y sommes...,

Le premier d’entre eux dégringolait
L’arc des commencements.

Toi le héros,
Laisse-nous que nous puissions te porter
Vers une autre fin.

Périsse le commencement !

Toi le héros ensanglanté
Des longs commencements,

Dis-nous,

Longtemps encore notre voyage
Ne sera que commencement ?


Toi le héros qui gis
Sur les pains d’avoine

Et le duvet des amandes,

Nous embaumerons de rosée
La plaie qui tarit ton âme,


Nous l’embaumerons du lait
D’une nuit éveillée,

De la fleur de l’oranger,
De la pierre qui saigne,

Du chant, notre chant,
Et d’une plume prise au phénix.

Et la terre se transmet comme la langue.


- Mahmoud Darwich, Au dernier soir sur cette terre, placé par Elias Sanbar en ouverture de son livre Les Palestiniens dans le siècle.

- Al-Karmel, revue intellectuelle et littéraire fondée et dirigée par le Poète Palestinien Mahmoud Darwich.


Mahmoud Darwich.
Billet proposé par Aron O’Raney