Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Gandhi, Plaidoyer De La Non-Possession






                     La non-possession est liée à l'abstention de vol.


Un objet, même s'il n'a pas été acquis par le vol, doit néanmoins être considéré comme dérobé, si on le possède sans en avoir besoin. Possession implique prévoyance pour l'avenir.

Celui qui recherche la Vérité, celui qui obéit à la loi de l'Amour ne peut rien vouloir conserver pour se protéger contre le lendemain. Dieu ne fait jamais de réserve pour le lendemain.

Il ne crée jamais plus qu'il n'est strictement nécessaire à un moment donné. Si par conséquent nous mettons notre foi en Sa providence, nous devons être assurés qu'Il nous donnera chaque jour notre pain quotidien, c'est-à-dire tout ce dont nous aurons besoin.

Les saints et les dévots qui ont vécu avec une telle foi ont toujours constaté que l'expérience venait la justifier.

C'est en ignorant ou en négligeant la Loi divine, qui donne à l'homme chaque jour son pain quotidien et pas davantage, que nous avons fait naître des inégalités avec toutes les misères qui les accompagnent.

Le riche possède des quantités de choses superflues, dont il n'a pas besoin et qui sont par suite négligées et gaspillées, tandis que des millions d'hommes meurent de faim, faute de pouvoir manger.

Si chacun ne conservait que ce dont il a besoin, nul ne manquerait de rien, et chacun se contenterait de ce qu'il a. Dans le système actuel, le riche est tout aussi mécontent que le pauvre.

Le pauvre voudrait bien devenir millionnaire, et le millionnaire voudrait bien devenir multimillionnaire. Le riche devrait prendre l’initiative de la dépossession pour permettre que la satisfaction règne universellement.

Si seulement il restreignait sa fortune à des limites raisonnables, on pourrait nourrir tous les affamés et leur enseigner ;  en même temps qu'aux riches à être satisfaits de leur sort !

Pour réaliser parfaitement l'idéal de la non-possession, il faut que l’homme, comme l’oiseau n'ait pas de toit au-dessus de sa tête, n'ait pas de vêtements, n'ait pas de provision d'aliments pour le lendemain.

Il aura naturellement besoin de son pain quotidien, mais c’est à Dieu et non à lui qu’il appartiendra de le fournir. Il n’y a que très peu de gens, si même il y en a, qui puissent parvenir à cet idéal.

Les chercheurs ordinaires comme nous ne doivent pas se laisser rebuter par l’impossibilité apparente. Ils doivent conserver l’idéal constamment devant les yeux et examiner à sa lumière, de façon critique, leurs biens, pour essayer de les réduire.

La civilisation, au vrai sens du mot, ne consiste pas à multiplier les besoins, mais à les réduire volontairement, délibérément. Cela seul amène le vrai bonheur, la véritable satisfaction, et nous permet ainsi de mieux servir.

Si nous appliquons ce critérium, nous constatons que même à l’Ashram nous possédons beaucoup de choses dont on ne saurait prouver la nécessité, et qu’ainsi nous soumettons notre prochain à la tentation de voler.

Du point de vue de la Vérité pure, le corps aussi est une possession. On a dit très justement que le désir des jouissances crée des corps pour notre âme.

Lorsque le désir disparait, il n’y a plus besoin du corps, et l’homme est libéré du cercle vicieux des naissances et des morts.

L'âme est omniprésente ;  pourquoi voudrait-elle être enfermée dans un corps semblable à une cage, faire le mal et même tuer, pour l'amour de cette cage?

Nous arrivons ainsi à l'idéal de la renonciation totale, et nous apprenons à utiliser le corps, tant qu'il existe, pour servir.

Ainsi c’est le service et non le pain qui devient pour nous le but de la vie. Nous mangeons et nous buvons, nous dormons et nous nous éveillons, uniquement pour servir.

Cette attitude mentale nous donne le vrai bonheur, et, avec le temps, la vision béatifique.

Que chacun de nous s'examine de ce point de vue.

Il faut nous rappeler que la non-possession est un principe applicable aux pensées aussi bien qu'aux choses. Celui qui emplit son cerveau de connaissances inutiles viole ce principe inestimable.

Les pensées qui nous écartent de Dieu ou qui ne nous conduisent pas vers Lui sont des obstacles sur notre route. Nous pouvons à ce sujet nous reporter à la définition de la connaissance que donne le treizième chapitre de la Gîtâ.

Nous y voyons que l'humilité (amânityam, etc.) constitue la connaissance et que tout le reste est ignorance.

Si cela est vrai — et il n'y a pas de doute que ce soit vrai — une grande partie des soi-disant connaissances dont nous sommes fiers aujourd'hui sont de l'ignorance pure et simple, et par conséquent nous font du mal, au lieu d'être pour nous de quelque profit.

Elles égarent l'esprit, et même y font le vide, et le mécontentement fleurit en d’interminables ramifications du mal.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que ce n'est pas là un plaidoyer en faveur de l'inertie.

Chaque instant de notre vie doit être rempli d'activité mentale ou physique, mais cette activité doit être « sattvique », c'est-à-dire conduire à la Vérité.

Celui qui a consacré sa vie à servir ne peut pas rester oisif un seul instant, mais il faut apprendre à distinguer entre la bonne et la mauvaise activité.

Ce discernement accompagne naturellement une consécration entière à l'idéal de servir.


Lettres à l’Âshram - Extraits 59,63 -


Gandhi
Billet proposé par Aron O’Raney