Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

T’aimer Ou Ne Pas T’aimer







Encore une fois
Encore une fois

Les assassins dorment
Sous ma peau

Et la potence devient
Drapeau

Ou
Épi

dans le ciel de la forêt en flammes

L’ombre a détaché ses mains
de mon front

Et nous nous sommes cachés
en plein midi

Encore une fois
Le militaire passe

Sous ma peau
Encore une fois

Il enterre mes lèvres
dans les rides de l’hymne national

L’ombre a détaché ses mains de mon front
Et nous nous sommes cachés en plein midi

Encore une fois
Les martyrs s’échappent

Des chansons des poètes
Encore une fois

Nous sommes descendus de nos croix
Et nous n’avons trouvé nulle terre

Et nous n’avons aperçu nul ciel
L’ombre a détaché ses mains de mon front

Et nous nous sommes cachés en plein midi

Encore une fois
Nous nous sommes unis

L’assassin, moi et la mort recommencée
Ma liberté est devenue un fardeau

À mon cœur
Ses yeux sous l’exil et la patrie

Encore une fois
L’eau se perd dans les nuages

Et nous sommes appelés au Jihad !

L’ombre a détaché ses mains de mon front
Et nous nous sommes cachés en plein midi

En plein midi
Ils l’ont tuée
À ma place

Et ne m’ont pas arrêté

Encore une fois,
Car les assassins
Sont sous ma peau


Traduction de Saloua Ben Abda et Hassan Chami —


Mahmoud Darwich - 1972 -



Billet proposé par Aron O’Raney