Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Les Mollahs Fossoyeurs De l’Iran



Le guide suprême Ali Khamenei (à gauche) et l'ancien chef de la justice iranienne entourent le président Ahmadinejad, le 7 mai 2011. © AFP



Guerre au sein du régime, sanctions, isolement : Téhéran est aux abois


Mahmud Ahmadinejad a un indéniable talent pour tenir la scène :

il ne se démonte jamais, profère des énormités avec une tranquille assurance et affiche un culot d'acier alors que tout se délite autour de lui.

Sa récente tournée en Amérique latine était pourtant pathétique.

Pour démontrer que l'Iran était loin d'être isolé, il n'a trouvé comme interlocuteur que le pittoresque Hugo Chávez (Venezuela),

les inamovibles frères Castro (Cuba) — symboles du Jurassic Park marxiste —,

l'Équatorien Rafael Correa et l'inusable Daniel Ortega (Nicaragua), rescapé momifié de la guerre froide.

Un quarteron de réprouvés qu'unissent une commune détestation de l'Amérique et une vision de la planète un tantinet rétro.


Dans le monde arabe, l'Iran a perdu la main, sauf en Irak, où il exerce une influence stratégique.

Les pays du Golfe vouent Téhéran aux gémonies.

L'allié syrien est en plein chaos.

L'islam politique sunnite a le vent en poupe, porté par les puissants alizés du Printemps arabe, au détriment de l'espérance révolutionnaire chiite.


Rodomontades nucléaires


Le dossier nucléaire empoisonne les relations avec l'Occident.

Téhéran, signataire du Traité de non-prolifération, prétend ne pas vouloir se doter d'armes atomiques et se soumet, nolens volens, aux inspections de l'AIEA.

Mais les Iraniens ont régulièrement menti sur la nature de leur programme, ont dissimulé des installations.

Notamment le site de Fordow, près de Qom, très profondément enterré et sans doute invulnérable à d'éventuelles frappes aériennes.

L'Iran enrichit de l'uranium jusqu'à 20 %, alors qu'il suffit d'un enrichissement à 3 % pour un usage civil. Pour fabriquer une bombe, il faut pousser l'enrichissement jusqu'à 90 %.

On n'en est pas encore là. D'autant que Téhéran semble rencontrer des difficultés techniques : seules 6.300 centrifugeuses sur 10.000 fonctionnent.

On est loin des 50 000 annoncées par Ahmadinejad.

Les sabotages et assassinats de scientifiques iraniens, probablement par les services israéliens, n'arrangent évidemment pas les choses.

Les sanctions décrétées par l'ONU et, surtout, celles décidées par les États-Unis et bientôt l'UE frappent durement l'économie iranienne.

L'embargo sur les exportations d'or noir de l'Iran, qui va entrer en vigueur dans les prochaines semaines, devrait priver Téhéran d'environ 20 % de ses recettes pétrolières, selon une étude faite par des spécialistes.

Or, celles-ci représentent l'essentiel des ressources du pays.

Même si l'Iran parvient à écouler son brut vers certains pays d'Asie, ce sera à un prix bradé.


Le régime paralysé par les luttes internes


Bizarrement, les Iraniens, pourtant passés maîtres dans l'art des marchandages, ne font pas preuve d'une grande imagination dans les négociations sur le nucléaire avec le groupe dit 5 + 1 (États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France plus l'Allemagne).

« S'ils étaient plus habiles, ils seraient depuis longtemps parvenus à nous diviser », observe l'un de ceux qui discutent avec l'Iran.

Raison de cette curieuse maladresse :

Les divisions du régime paralysent les négociateurs iraniens.

Depuis des mois, une guerre de tranchées est engagée entre Ahmadinejad et Ali Khamenei, soutenu par la vieille garde des mollahs.

Le guide garde la haute main sur le dossier nucléaire.

Il a suggéré, en octobre dernier, de supprimer le poste de président pour aller vers un système purement parlementaire.

Un avertissement sans frais reçu 5 sur 5 par Ahmadinejad qui voit ses prérogatives s'écouler dans ses mains comme une poignée de sable.

Il ne lui reste que la gesticulation.



Le Point.fr — Publié le 13/01/2012 — Pierre Beylau —
Billet proposé par Aron O’Raney