Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Les Chevaliers De Saint Jean De Jérusalem



Béat Frère Gérard Sasso (+3 septembre 1120).



L’Ordre Hospitalier de Saint Jean de Jérusalem est certainement le plus ancien des ordres équestres créés au moyen âge.

Sa naissance remonte aux environs de 1050, dans ces années-là, quelques marchands de l’ancienne république marine d’Amalfi obtinrent du Calife d’Egypte le droit de construire à Jérusalem une église, un couvent et un hôpital dans lequel on assistait les pèlerins de toute foi ou race, du temps où, en Terre Sainte les chrétiens et les musulmans se toléraient.

Cette église fut dédiée à Saint-Jean-Baptiste, et là naquit une communauté monastique [1] « l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem » — qui se consacra à la gestion de l’hôpital en vue de l’assistance des pèlerins en Terre Sainte — qui devint indépendante sous la direction du frère Gérard Sasso[2] premier grand maître (ultérieurement proclamé Béat).


Avec la conquête de Jérusalem en 1099 et la constitution du royaume de Jérusalem, œuvre des croisés en Terre Sainte, des pèlerins de plus en plus nombreux affluèrent venant de tout le monde chrétien.

Mais les musulmans ne se résignèrent pas à la défaite et cherchèrent à plusieurs reprises de reconquérir la Palestine et l’Ordre se vit contraint d’assumer la défense militaire des malades, des pèlerins et des territoires soustraits par les croisés aux musulmans.

Le 15 février 1113, les chevaliers de Saint-Jean furent reconnus par le pape Pascal II [3] en tant que véritable ordre religieux.

En 1120, le frère Raymond du Puy [4] succéda à Gérard, suite à une évolution de l’organisation de la confraternité des chevaliers de Saint-Jean qui en accentuait l’aspect militaire pour défendre les pèlerins et les malades en prenant les armes.

Sur les routes qui conduisaient à Jérusalem surgit un dense réseau d’hôpitaux et de forteresses qui pendant à peu près deux siècles seront la cible d’embuscades, sièges et batailles de la part de l’Islam.

Tous les chevaliers étaient des religieux, liés par les trois vœux monastiques de Pauvreté, de Chasteté et d’Obéissance, ils adoptèrent comme insigne la croix amalfitaine à huit pointes qui en plus de les lier à leurs origines symbolisait les béatitudes de la foi [5]. L’étendard était rouge, la croix blanche, les manteaux noirs.


Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean.

Les Hospitaliers furent toujours à côté des souverains qui se succédèrent dans les différentes croisades, mais aussi leurs rapports furent bons avec les pays européens.

Les rapports entre l’Ordre des Chevaliers de Saint-Jean et Frédéric II furent subordonnés à ceux qui existaient entre la papauté et l’empire et, à cause de cela, ils furent irréguliers parce qu’il y eut des discordes entre l’empereur et les souverains pontifes romains.

Frédéric II, ayant pourtant favorisé les rapports avec l’Ordre de Sainte Marie des Allemands, ne fut pas prévenant à l’égard des Hospitaliers et des Templiers.

Entre 1228 et 1229, quand le frère Bertrand de Thessy [6] était le Grand Maître de l’Ordre des Chevaliers de Saint-Jean, les châteaux du royaume de Sicile étaient sous le contrôle de deux « maîtres et inspecteurs impériaux » qui étaient un Hospitalier et un Templier.

En 1226, cependant, Frédéric II confisqua les biens des Templiers et des Hospitaliers et au cours de « la croisade des excommuniés entre 1227 et 1228 », aussi bien les Templiers que les Hospitaliers maintinrent des rapports distants avec lui, obéissant ainsi au pape.

Avec le temps, ses rapports avec les Hospitaliers s’améliorèrent, les rapports avec les Templiers restèrent tendus.

Après la « Constitution de Melfi » les inspecteurs du système concernant les châteaux du royaume de Sicile ne furent plus recrutés parmi les membres de l’Ordre des Hospitaliers, il en fut de même pour les Templiers.

Leurs adversaires musulmans leur donnèrent le nom « d’hommes noirs » à cause de leur grande violence dans les batailles. Leur renommée acquit des proportions légendaires à l’égal de celle des Templiers.

En 1187, à la chute de Jérusalem, les Hospitaliers se sacrifièrent en masse pour défendre les fortifications, même le frère Roger des Moulins [7], grand maître de l’Ordre tombera en combattant contre les hordes de Saladin.

Une fois Jérusalem perdue, les croisés [8] se retirèrent dans les autres villes du royaume latin de Jérusalem restées entre leurs mains : Antioche, Tyr, Edesse, Jaffa, Saint Jean d’Acre. Hospitaliers, Teutons et Templiers renforcent les défenses de l’immense frontière par des châteaux inaccessibles qui dominent les principaux points du territoire.

En 1271, la plus légendaire et puissante forteresse, le Krak[9] des chevaliers, tenue par des hospitaliers tombe aux mains des musulmans.

La perte de la forteresse du Krak et l’extermination de l’ensemble de la garnison des hospitaliers suscitèrent la panique et l’effroi dans la communauté chrétienne.

En outre, les secours de l’Europe n’arrivèrent pas et les chevaliers chrétiens furent laissés seuls face à l’étau musulman qui venait les tenailler de plus en plus.


Armoiries des Hospitaliers
Croix à huit pointes, blanche sur fond noir.


Croix amalfitaine ou de Malte A huit pointes,
blanche sur fond rouge.


En peu de temps, Jaffa, Tripoli et la citadelle de Margat tombèrent.

Quelques centaines de chevaliers hospitaliers, templiers, teutoniques se retirèrent à Saint-Jean d’Acre pour permettre aux populations survivantes de s’embarquer vers l’Europe.

Ils résistèrent pendant plus d’un mois contre cent soixante mille sarrasins afin de préserver le salut des derniers chrétiens qui peuplaient Acre.

Désormais réduits à quelques dizaines les chevaliers chrétiens grâce à une extrême résistance se regroupèrent sur une tour, mais celle-ci s’écroula à la suite d’une violente attaque de la part des musulmans.

Le grand maître des hospitaliers, frère Jean de Villiers[10], blessé fut embarqué parmi les survivants sur les navires.

En 1291, de Villiers se rendit à Chypre et il y apportera ses insignes et y installera provisoirement l’Ordre de Saint-Jean.

En peu d’années l’Ordre Hospitalier se réorganisa et fut de nouveau prêt à reprendre la guerre contre l’Islam, cette fois-ci sur la mer.

En 1310, sous la conduite du grand maître frère Foulques de Villaret [11], l’Ordre conquit l’île de Rhodes où il s’établit en force, s’emparant ensuite de nombreuses îles de la mer Egée [12]. Le nom de l’ordre devient Chevaliers de Rhodes.

Pendant cette période, beaucoup de biens confisqués à l’Ordre du Temple passèrent à l’Ordre Hospitalier, l’Ordre du Temple ayant entre-temps été supprimé [13].

L’Ordre construisit une flotte importante et commença à sillonner les mers orientales, s’efforçant de défendre la Chrétienté dans de nombreuses et célèbres batailles parmi lesquelles les croisades en Syrie et en Egypte.

L’Ordre est assimilable à une république marine à l’égal de Gènes ou Venise. Les membres de l’Ordre qui rejoignaient Rhodes de toutes les parties de l’Europe et les institutions de l’Ordre se regroupèrent jusqu’au début du XIV siècle selon leurs langues d’origine.

Tout d’abord, ils étaient sept : la Provence, l’Auvergne, la France, l’Italie, l’Aragon (Navarre), l’Angleterre avec l’Ecosse et l’Irlande, et l’Allemagne.

En 1492, la Castille et le Portugal se séparèrent de la langue d’Aragon, constituant la huitième langue.

Chaque langue comprenait les Prieurés et les Grands Prieurés, les Bailliages et les Commanderies.

L’Ordre était gouverné par le Grand Maître Prince de Rhodes, et par le Conseil, il battait monnaie et entretenait des rapports diplomatiques avec les autres États.

Les autres charges de l’Ordre étaient attribuées aux représentants des différentes langues : le siège de l’Ordre, le Couvent, était composé de religieux de plusieurs nationalités.

En 1522, Soliman II le Magnifique attaqua l’île avec sept cents navires et deux cent mille hommes. Les Chevaliers de Rhodes étaient seulement trois cents.

Après six mois de siège et de cruels combats les Chevaliers furent contraints de se rendre, abandonnant l’île de Rhodes avec les honneurs militaires. Les survivants se rendirent vers Candie.

Sans recevoir l’aide des souverains européens, les chevaliers survivants errèrent entre Candie et la Sicile, entre Civitavecchia et Marseille.

En 1530, le Grand Maître frère Philippe de Villiers [14] prit possession de l’île de Malte, cédée à l’Ordre par l’Empereur Charles Quint avec l’approbation du pape Clément VII.

Il fut établi que l’Ordre resterait neutre dans les guerres entre nations chrétiennes.

En 1565, les chevaliers, guidés par le Grand Maître frère Jean de La Valette [15] qui donna son nom à la capitale « La Valette », défendirent l’île contre l’attaque et le Grand Siège Turc pendant trois mois.

La flotte de l’Ordre, considérée comme une des plus puissantes de la Méditerranée, contribua à la distribution définitive de la puissance navale des Ottomans dans la bataille de Lépante en 1571.

L’île de Malte devint une base inattaquable seul Napoléon Bonaparte en 1598, engagé dans sa campagne d’Egypte, réussit à triompher d’elle et à s’emparer de tous les biens de l’Ordre.

Ce qui fut rendu possible par le fait que la règle de l’Ordre interdisait aux Chevaliers de lever les armes contre d’autres chrétiens.

En 1800, les Anglais occupèrent Malte, mais, bien que les droits souverains de l’Ordre sur Malte aient été reconnus par le Traité d’Amiens (1802), l’Ordre ne put jamais y retourner.

Après avoir été transféré temporairement à Messine, à Catane et à Ferrare, en 1834 l’Ordre s’établit à Rome où il possède, avec une garantie d’extraterritorialité, le Palais de Malte, rue Condotti n° 68, et sa villa sur le mont Aventin.

Depuis lors, la finalité originelle d’assistance hospitalière est devenue l’activité principale de l’Ordre, qui s’est intensifiée au cours du siècle dernier, grâce à la contribution des activités des Grands Prieurés et des Associations présentes dans différents pays du monde.

Les activités hospitalières et caritatives furent pratiquées sur une grande échelle pendant la Première et la Seconde Guerre Mondiales sous le Grand Maître frère Ludovic Chigi de la Rovere Albani et encore plus intensifiée sous le Grand Maître frère Angelo de Mojana de Cologne (1962-1988), dont le successeur actuel est le Grand Maître frère Andrew Bertie (16).

Actuellement le nom de l’Ordre est « Ordre Souverain Militaire de Malte ».



[1] La première communauté religieuse qui s’inspirait de la règle bénédictine. Les moines avaient comme patron Saint-Jean Baptiste (d’où le nom de « saint Jean). Le fondateur, Maurice de Pantaleone, qui avait constitué une institution du même genre à Antioche, mourut en 1071 ; il fut soutenu du point de vue financier par la communauté amalfitaine. Cet hôpital-auberge se trouvait dans le quartier du Muristan, entre la rue du bazar et le Saint Sépulcre.
[2] Frère Gérard Sasso  fut le premier Grand Maître de l’Ordre (1108-1120).
[3] Le 15 février 1113, par une bulle, le Pape Pascal II, approuva la fondation de l’hôpital et le plaça sous la tutelle du Saint-Siège, avec le droit d’élire librement ses chefs, sans interférence d’autre autorité laïque ou religieuse. En vertu d’une telle bulle, l’hôpital et l’Ordre devinrent indépendants de l’Eglise.
[4] Frère Raymond du Puy, second Grand Maître (1120-1158/60).
[5] Chacune des huit pointes de la croix symbolise une béatitude évangélique.
[6] Frère Bertrand Thessy, quinzième Grand Maître (1228-1231).
[7] Frère Roger des  Moulins, Français, fut le huitième Grand Maître des Hospitaliers (1177-1187).
[8] Parmi ces croisés il y avait : Les chevaliers de Saint-Jean, les Templiers et les Teutons.
[9] Le Krak avait été édifié en terrassant des montagnes, en démolissant des temples et les transformant en carrières de pierre.
[10] Frère Jean de Villiers, Français, est le vingt deuxième Grand Maître (1284/5-1293/4).
[11] Frère Foulques de Villaret, vingt cinquième Grand Maître (1305-1319).
[12] Suite à la consultation du Génois Vignolo dé Vignoli, qui avait planifié un projet pour la conquête de Rhodes, en plus de Rhodes les Hospitaliers s’emparèrent de Léros, Kos, Nissiros, Khaliki et d’autres îles de la mer Egée.
[13] Le pape clément V, sous la pression de Philippe IV, roi de France, le 22 mars 1312, par la bulle Vox in Excelsio décréta la suppression de l’Ordre.
[14] Frère Jean de Villiers, quarante quatrième Grand Maître (1521-1534).
[15] Frère Jean de la Valette, quarante neuvième Grand Maître (1557-1568).
[16] Frère Andrew Willoughby Ninian Bertie, soixante dixième Grand Maître depuis 1988.


— Copyright ©2004 Alberto Gentile —



Billet proposé par Aron O’Raney