Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Le Porteur d’Eau






En Inde Un Porteur d'eau avait deux grandes jarres, suspendues aux extrémités d'une pièce de bois, posée sur ses épaules.

L'une des jarres était fêlée, et, alors que la seconde jarre conservait toute son eau, l’autre perdait la moitié de son précieux contenu sur le chemin.

Tout se passa ainsi durant deux années où le Porteur, ne put amener qu’une jarre et demie d'eau à la maison de son maître.

La bonne jarre était fière d'elle, car elle remplissait parfaitement sa fonction.

La jarre abîmée quant à elle, avait honte de son imperfection, et elle se sentait misérable.

Après deux années ressenties comme un douloureux échec, un jour prés de la source, elle s’adressa au Porteur.

« Je me sens coupable, et je te prie de m'excuser. »

« Pourquoi ? » demanda le Porteur d'eau.

« Je n'ai réussi qu'à porter une partie de ma charge à notre maître, ces deux dernières années. Ainsi malgré tes efforts tu ne peux obtenir, l’entière reconnaissance de ton dur labeur à cause de ma défaillance ».

Le Porteur d'eau touché par cet aveu répondit :

« Quand nous retournons à la maison du maître, je veux que tu observes les fleurs en bordure du chemin ».

Sur le chemin du retour, la jarre vit de belles fleurs inondées de Soleil, et cela lui mit du baume au cœur.

Mais à l’arrivée, elle se sentait toujours aussi coupable, car elle avait encore perdu la moitié de son eau.

Alors, le Porteur dit à la jarre :

« As-tu observé qu'il n'y avait de belles fleurs que de ton côté du chemin ?

J’ai toujours été conscient que tu perdais de l'eau, malgré toi, mais j'en ai tiré profit.

J'ai planté des semences de jolies fleurs de ton côté du chemin seulement, et chaque jour durant le retour, tu les as arrosées.

Ainsi pendant deux ans, j'ai pu grâce à toi, cueillir ces fleurs, qui ont magnifiquement décoré la table de notre maître.

Sans ton aide, jamais je n'aurais pu apporter un peu plus de bonheur, dans cette demeure. »



Billet proposé par Aron O’Raney