Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Le Droit Au Bonheur






— Je crois que le véritable but de la vie, c'est le bonheur.
Que l'on ait foi dans une religion ou non, tous nous cherchons une vie meilleure.
Aussi je pense que le véritable mouvement de notre vie est orienté vers le bonheur...

Ces mots, qu'il prononce devant le public attentif, sont au cœur de son message. Mais ils éveillent en moi une question qu'une fois seul à seul je décide de lui poser.
— Êtes-vous heureux ?

— Oui, absolument !

Sa voix est empreinte d'une sincérité tranquille qui ne laisse aucune place au doute — une sincérité que reflètent ses yeux et tout son visage.

— Mais, pour la plupart d'entre nous, le bonheur est-il un but raisonnable ?
Est-il réellement possible de l'atteindre ?

— Oui. Je crois que l'on peut atteindre le bonheur par l'exercice de l'esprit.

Je suis assez immédiatement sensible à cette idée du  bonheur comme but réalisable. Toutefois, le psychiatre que je suis a reçu d'autres nourritures intellectuelles.

Le Dalaï-Lama s'en explique aussitôt.

— Quand je parle « d’exercer l'esprit », je ne me réfère pas seulement à l'intellect, mais au sens du mot tibétain Sem, qui se rapproche plutôt de « psyché » ou « âme ».
Cela inclut aussi le sentiment, le cœur et l'esprit.
En s'imposant une certaine discipline intérieure, on peut transformer son attitude, ses conceptions et sa manière d'être dans l'existence.
Naturellement, cette discipline intérieure repose sur quantité de méthodes.
Mais on commence par isoler les facteurs qui mènent au bonheur de ceux qui mènent à la souffrance.
Après quoi, on s'attache peu à peu à éliminer les facteurs de souffrance et à cultiver ceux qui conduisent au bonheur.
Telle est la voie.

Le Dalaï-Lama est heureux et respire le bonheur. J’ai vu d'ailleurs, tout au long de cette semaine en Arizona, comment, même lors des plus brèves rencontres, il sait avec simplicité manifester sa bienveillance, toucher autrui et nouer des liens.
Le deuxième jour, alors qu'il longe une cour intérieure pour regagner sa chambre d'hôtel, entouré par les membres de sa suite, il remarque une femme de chambre qui attend à côté de l’ascenseur. Il s’arrête et lui demande :« D'où êtes-vous ?

Sur le moment, elle a l'air surprise par la vision de cet étranger en robe rouge, et déconcertée par la déférence que lui témoigne son entourage. Puis elle sourit et lui répond timidement : « Du Mexique. »
Il prend le temps de bavarder avec elle quelques instants avant de continuer son chemin. Le visage de la jeune femme conserve une expression de vive émotion et de plaisir.
Le lendemain matin, à la même heure, au même endroit, la voici de nouveau, avec une autre femme de chambre, et, quand le Dalaï-Lama pénètre dans l'ascenseur, toutes deux le saluent chaleureusement.
Leur dialogue est court, mais, en se remettant au travail, elles semblent rayonner de bonheur.
Après quoi, tous les jours, à la même heure et au même endroit, d'autres femmes de chambre se joignent à elles.
À la fin de la semaine, ce sont des dizaines de femmes de chambre en uniforme gris et blanc qui forment une haie d'honneur tout le long du couloir.
Nos jours sont comptés. À cet instant même, des milliers d'êtres humains naissent dans le monde.
Certains sont destinés à ne vivre que quelques jours ou quelques semaines.
D'autres, en revanche, mourront centenaires après avoir goûté à tout ce que la vie peut offrir : le triomphe, le désespoir, la joie, la haine et l’amour.
Mais, que nous vivions un jour ou un siècle, une question majeure subsiste :
Quel est le but de la vie ?
Qu’est-ce qui donne son sens à notre existence ?

Le but de la vie, c’est le bonheur.
N’est-ce pas un lieu commun ?
D’Aristote à William James, les penseurs occidentaux se sont accordés sur cette idée.
Mais une existence fondée sur la recherche du bonheur ne serait-elle pas égocentrique par nature, soucieuse de son seul plaisir ?
Pas nécessairement.
En fait, quantité d’études montrent que les gens malheureux ont tendance à être très préoccupés d’eux-mêmes, à se replier, à broyer du noir, à refuser tout en bloc.
En revanche, les gens heureux sont plus sociables, souples, créatifs et plus aptes à tolérer les frustrations de la vie quotidienne. Ils se trouvent donc être plus aimants et plus indulgents que ne le sont les gens malheureux.

Chercher le bonheur ne rend pas nécessairement égoïste, nous avons tous l’occasion de le vérifier dans ce « laboratoire » qu’est notre vie quotidienne.


Partons donc de cette hypothèse élémentaire :
Le but de la vie, c'est la recherche du bonheur.
Un véritable objectif vers lequel avancer sans hésiter.
Comprendre comment aller vers une vie plus heureuse va nous apprendre en quoi cette recherche du bonheur se révélera une source de bienfaits, tant pour l'individu que pour sa famille et la société au sens large.




L’Art Du Bonheur — Extrait des entretiens entre le Dalaï-Lama et Howard Cutler — Psychiatre et neurologue -

Howard Cutler, psychiatre et neurologue, déjà co-auteur de deux ouvrages d'entretiens avec le Dalaï-Lama, a rencontré Sa Sainteté en 1982.




Billet proposé par Aron O’Raney