Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

La Fin des Templiers






Comment disparut une puissance gênante


Évènement majeur du règne de Philippe le Bel (1285-1314), la disparition de l’ordre du Temple témoigne des rapports conflictuels qu’il entretenait avec Rome.

Une part de mystère entoure toujours les conditions brutales, rapides et efficaces de la suppression de cet ordre fondé au tout début du XIIe siècle.

Après la chute de Saint-Jean-d’Acre en 1291, les Templiers, qui représentaient encore à la fin du XIIIe siècle une puissance politique de premier ordre dans une Europe déchirée par les luttes intestines, sont privés de leur première raison d’être, la protection des pèlerins.

Des princes jaloux de leur pouvoir

Inventeurs de la lettre de change, les Templiers jouaient un rôle d’intermédiaires financiers qui les rendait précieux, indispensables, et surtout dangereux aux yeux de bien des princes.

Jaloux de tous les pouvoirs que rencontrait le sien, mais aussi envieux de la fortune des Templiers, Philippe le Bel, après avoir recueilli des témoignages sur les pratiques initiatiques hérétiques de l’ordre, décida, sans préavis, de le supprimer.

Le 13 octobre 1307, la quasi-totalité des Templiers connus en France fut arrêtée à l’issue d’une opération de police savamment organisée.

Or, bien que l’ordre dépendait directement de lui, Clément V n’apprit ces arrestations qu’après coup.

La procédure fut en effet lancée par le roi et poursuivie par ses propres agents : les Templiers avouèrent leurs fautes sous la torture des commissaires royaux.

Aucune règle canonique ne fut respectée.

Impressionné, cependant, par les aveux obtenus, le pape ne protesta que mollement et se décida à demander à tous les souverains d’arrêter à leur tour les Templiers.

Il espérait ainsi reprendre l’initiative à Philippe le Bel et poursuivre lui-même la marche du procès.

C’était mal connaître le roi français, qui s’opposa fermement au pape :

Il obtint la convocation d’un concile général à Vienne, sur le Rhône (1311-1312), qui solda l’affaire des templiers et confirma aussi l’installation du pape en Avignon.

Certes, c’était un territoire toujours étranger à la Couronne de France, mais en pleine zone d’influence et possession de son parent le roi de Naples – cependant suzerain de l’Église.

Philippe le Bel obtint également de Clément V l’annulation de tous les actes des précédents pontifes, Boniface VIII et Benoît XI, hostiles à la France.

Une sentence administrative

En France, les exécutions sur le bûcher débutèrent en 1310.

Dans d’autres pays d’Europe, les chevaliers de l’ordre du Temple parvinrent tant bien que mal à se défendre.

Le gros des effectifs fut condamné sans surprise à l’issue du concile viennois, alors que la commission conciliaire échoua à faire accorder aux Templiers les droits de la défense.

Du reste, elle n’insista pas : convaincus que le roi et le pape s’étaient entendus pour supprimer l’ordre, les pères conciliaires renoncèrent à le défendre et acceptèrent sa dissolution, non par sentence juridique, mais par mesure administrative.

Les Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem héritèrent de leurs biens.

Les derniers dignitaires Templiers furent jugés en décembre.

Parmi eux, Jacques de Molay, grand maître de l’ordre, rétracta les aveux lâchés sous la torture – comme la plupart de ses frères.

Dès lors, il fut jugé relaps et condamné au bûcher – comme la plupart de ses frères.

La légende rapporte qu’avant de mourir, il maudit le pape, le roi et son conseiller Nogaret, qui moururent dans les trois années qui suivirent.

Relatée six siècles plus tard par Maurice Druon, cette malédiction fit de lui l’auteur à succès des Rois maudits.

Quant à un éventuel trésor que les Templiers auraient laissé derrière eux, s’il n’a jamais été retrouvé, son mythe ouvrit la voie à d’innombrables spéculations, dont la moindre n’est pas celle qui entoure encore aujourd’hui Rennes-le-Château et l’étrange richesse subite de l’abbé Saunière.


Fabien Cluzel
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Billet proposé par Aron O’Raney