Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Je t'ai Rêvée un Soir...






Femme, songe où fusionnent
toutes mes fictions,
tu as vibré comme réelle
dans mes nerfs ;

pleurant dans mes sentiers
de l'illusion perdue,
j'ai senti m'effleure
ta beauté inconnue.

En flétrissant mes rêves
et mes folles chimères
je t'ai forgée à brides
de ciel et de chair,

comme une résurgence
ou pareille au printemps
dans la forêt
de tant d'aberrants idéaux...

Ta chair divine et parfumée,
je l'ai rêvée
au milieu des tourments morbides
de mon être ;

et bien que floue, je sais,
Aimée, comment tu es,
fiction faite réalité
en chair de femme...

Je te cherche dans les yeux
de toutes les femmes,
je te cherche et
jamais n'ai pu te rencontrer.

Dans ma désillusion
s'abrite l'illusion
que tu es ou seras
plus belle qu'aucune autre.

Mes rêves te voudront
éternellement mienne,
jaillissant de la nuit
de toutes mes tristesses,

germe de joies étranges
qui aviveront
la flamme que répand
ta beauté inconnue.


Mémorial De L’île noire II — La lune dans le labyrinthe —



Pablo Neruda
Billet proposé par Aron O’Raney