Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Etat de siège







Ici, aux pentes des collines,
face au crépuscule et au canon du temps
Près des jardins aux ombres brisées,

Nous faisons ce que font les prisonniers,
Ce que font les chômeurs :
Nous cultivons l’espoir.


Un pays qui s’apprête à l’aube.
Nous devenons moins intelligents
Car nous épions l’heure de la victoire :

Pas de nuit dans notre nuit
illuminée par le pilonnage.

Nos ennemis veillent et nos ennemis
allument pour nous la lumière
Dans l’obscurité des caves.

Ici, nul « moi ».

Ici, Adam se souvient de la poussière de son argile.

Au bord de la mort, il dit :
Il ne me reste plus de trace à perdre :
Libre je suis tout près de ma liberté.

Mon futur est dans ma main.
Bientôt je pénètrerai ma vie,
Je naîtrai libre, sans parents,
Et je choisirai pour mon nom des lettres d’azur...

Ici, aux montées de la fumée,
sur les marches de la maison,
Pas de temps pour le temps.

Nous faisons comme ceux qui s’élèvent vers Dieu :
Nous oublions la douleur.

Rien ici n’a d’écho homérique.
Les mythes frappent à nos portes, au besoin.

Rien n’a d’écho homérique.

Ici, un général
Fouille à la recherche d’un Etat endormi
Sous les ruines d’une Troie à venir.

Vous qui vous dressez sur les seuils, entrez,
Buvez avec nous le café arabe
Vous ressentiriez que vous êtes hommes comme nous

Vous qui vous dressez sur les seuils des maisons
Sortez de nos matins,

Nous serons rassurés d’être
Des hommes comme vous !


Quand disparaissent les avions,
s’envolent les colombes

Blanches blanches,
elles lavent la joue du ciel

Avec des ailes libres,
elles reprennent l’éclat et la possession
De l’éther et du jeu.

Plus haut, plus haut s’envolent
Les colombes, blanches blanches.

Ah si le ciel Etait réel
M’a dit un homme passant entre deux bombes


Ramallah, janvier 2002


Mahmoud Darwich...
Traduit de l’arabe par Saloua Ben Abda et Hassan Chami —
Billet proposé par Aron O’Raney