Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Un Peu De La Vie De Djalâl Al-Din Rûmî





Avant la venue des Mongols, l'Afghanistan d'aujourd'hui était le berceau d'une riche civilisation et la ville de Balkh était, parmi les cités, les plus importantes par son rayonnement.

Bahaeddin Veled, le père de Rûmî, y était considéré comme le plus grand savant de l'lslam. Le sultan de cette contrée était sous l'influence d'un autre savant, Farreddin Razi, qui défendait la cause des philosophes de l'Islam.

Le père de Rûmî, adversaire irréductible de cette tendance, décida alors de quitter le pays. La petite caravane, formée du maître, de sa famille et de ses disciples, se rendit d'abord à La Mecque.

Puis elle vint s'installer en Anatolie. La famille de Rûmî se fixa dans la ville de Konya, capitale de l'empire seldjoukide. Rûmî était déjà père de deux enfants.

À la mort du père, les disciples se regroupèrent autour de son fils Rûmî, déjà considéré par tous comme un grand savant.

Pendant neuf années, Rûmî fut le disciple de Burhaneddin. Ce fut pour lui une période de maturation et de parachèvement.

Puis, la période vécue aux côtés de Shems eddin Tabrizi fut la plus exaltante pour Rûmî et apporta de profonds changements dans sa vie.

La disparition de Shems le laissa dans un état de grand chagrin et de profonde nostalgie, qui s'exprima par un jaillissement de poèmes.

Plus tard, Rûmî fit la connaissance d'un bijoutier, Salahaddin Zerkoubi.

L'amitié de Rûmî pour ce bijoutier inaugura une nouvelle période dans sa vie, marquée par de multiples réunions de fidèles, durant parfois plusieurs jours et plusieurs nuits d'affilée, au cours desquelles les larmes d'extase se mêlaient à la musique, à la poésie et à la danse.

Neuf autres années passèrent ainsi jusqu'à la disparition de Salahaddin.




C'est alors que Rumî rencontra Celebi Husameddin et, appréciant ses talents, le nomma successeur de Salahaddin.

Un jour Celebi lui dit : « Mes disciples étudient les oeuvres de Hakim Senai (mort en 1131) ou de Farrideddin Attar (mort en 1230). Il serait désormais souhaitable qu'ils puissent étudier une oeuvre de toi ! »

Rûmî sortit alors de son turban un feuillet sur lequel étaient écrits les dix-huit premiers distiques de cet immense ouvrage qu'allait devenir le Mesnevi.

Rûmî dictait son poème, en tout lieu, à toute heure du jour ou de la nuit, et Celebi le transcrivait. Les questions de Celebi, les arguments d'un contradicteur, imaginaire ou réel, les péripéties de la vie quotidienne, tout cela provoquait l'inspiration de Rûmî et venait enrichir son Mesnevi.

Les joies, les vaines tristesses, les désirs, les déconvenues la fierté, l'orgueil, la maturité et les enfantillages, le mensonge et la vérité, bref, tout ce qui concerne l'homme est présent dans cet ouvrage.

Ce chef-d'oeuvre réunit dans ses vingt-quatre mille distiques toutes les notions de la sagesse. L'Islam tout entier fut marqué par cet ouvrage.

Après la disparition de Rûmî, en 1273, ses descendants lui succédèrent. Ce fut le début d'une véritable dynastie spirituelle et d'une éclosion de nombreuses confréries qui par centaines, se propagèrent dans le monde musulman et dans tout l'Empire ottoman.


Notes biographiques empruntées à l'« Introduction », que Ehmaed Kudsî Erguner a écrite comme ouverture de son recueil de 150 contes soufis, choisis par lui et Pierre Maniez et publiés sous le titre Le Mesnevi (Albin Michel, 2009).


Agora — Encyclopédie sur la mort —
Billet proposé par Aron O’Raney