Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Tolérance, Ou Égalité Des Religions




Je n’aime pas le mot tolérance, mais je n’en trouve pas de meilleur.

La tolérance peut impliquer la supposition, toute gratuite d’ailleurs, que la foi d’un autre est inférieure à la nôtre, tandis que l’ahimsâ nous enseigne à conserver, pour la foi religieuse d’autrui, le même respect que nous accordons à la nôtre — dont nous reconnaissons ainsi l’imperfection.

Cette admission sera facile pour celui qui cherche la Vérité, pour celui qui obéit à la loi de l’Amour.

Si nous étions parvenus à la pleine vision de la Vérité, nous ne serions plus des chercheurs, nous serions devenus un avec Dieu, car la Vérité est Dieu.

Mais puisque nous n’en sommes encore qu’à chercher, nous poursuivons notre recherche et nous sommes conscients de notre imperfection.

Or si nous sommes nous-mêmes imparfaits, la religion telle que nous la concevons doit être imparfaite aussi.

Nous n’avons pas réalisé la religion dans sa perfection, de même que nous n’avons pas réalisé Dieu.

Puisque la religion telle que nous la concevons est imparfaite, elle est toujours susceptible d’évolution et de réinterprétation.

Le progrès vers la Vérité, vers Dieu, n’est possible qu’en raison de cette évolution.

Et si toutes les conceptions religieuses que se représentent les hommes sont imparfaites, il ne peut être question de supériorité ou d’infériorité de l’une par rapport à l’autre.

Toutes les fois constituent des révélations de la Vérité, mais toutes sont imparfaites et faillibles.

Le respect que nous éprouvons pour d’autres Fois ne doit pas nous empêcher d’en voir les défauts.

Nous devons aussi être intensément conscients des défauts de notre propre Foi, et pourtant ne pas l’abandonner pour cette raison, mais essayer de triompher de ces défauts.

Si nous considérions sans partialité toutes les religions, non seulement nous n’hésiterions pas à mêler à la nôtre tous les caractères désirables des autres, mais encore nous estimerions que c’est pour nous un devoir.

Alors la question se pose : pourquoi tant de fois différentes ? L’Ame est une, mais les corps qu’Elle anime sont nombreux.

Nous ne pouvons pas réduire le nombre des corps, et pourtant nous reconnaissons l’unité de l’Ame.

De même qu’un arbre n’a qu’un seul tronc, mais beaucoup de branches et de feuilles, de même il n’existe qu’une seule Religion vraie et parfaite, mais elle devient multiple en passant par l’intermédiaire de l’homme.

La Religion unique est au-delà du domaine du langage.

Des hommes imparfaits ne peuvent l’exprimer que dans le langage dont ils disposent, et leurs paroles sont interprétées par d’autres hommes également imparfaits.

Quelle est l’interprétation qu’on doit accepter comme la vraie ? Chacun a raison de son propre point de vue, mais il n’est pas impossible que tout le monde ait tort.

D’où la nécessité de la tolérance, qui n’est pas de l’indifférence pour sa propre foi, mais un amour plus pur et plus intelligent pour cette foi.

La tolérance nous donne un Pouvoir de pénétration spirituelle qui est aussi éloigné du fanatisme que le pôle Nord du pôle Sud.

La véritable connaissance de la religion fait tomber les barrières entre une foi et l’autre.

En cultivant en nous-mêmes la tolérance pour d’autres conceptions, nous acquerrons de la nôtre une compréhension plus vraie.

Il est clair que la tolérance n’affecte pas la distinction entre le bien et le mal, entre ce qui est juste et ce qui est faux.

Et je n’ai voulu parler ici que des principales conceptions religieuses du monde.

Toutes reposent sur des bases communes.

Toutes ont produit de grands saints.
Gandhi — Lettres à l’Âshram —



Billet proposé par Aron O’Raney