Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Symbolique Du Nombre « Trois », Aspects




Le nombre Trois est universel et fondamental, il exprime un ordre spirituel, en Dieu, le Cosmos ou l’Homme.

Composé à partir des nombres « 1 », le nombre du Créateur et « 2 » division, dualité, le binaire, « 3 » est le premier nombre mystérieux qui intervient comme la signature de la création dans l’Ordre.

Symbole du Ciel, il se rapporte à l’esprit.

Mesurant un temps qui n’a pas de limite, il correspond aux trois degrés d’actions qui relèvent du cercle « méditation, spéculation, contemplation ».

Depuis l’avènement de l’humanité, le genre humain porte la marque de la Loi de création qui se manifeste par une cause, un effet, un produit, cette triade correspondant à la mise en branle de l’énergie créatrice, la transformation de la lumière en matière, l’incorporisation de l’esprit dans la matière.

Pour Aristote : « Il n’y a pas de grandeurs autres que celles-là, parce que Trois renferme toutes les dimensions possibles. En effet, ainsi que le disent les pythagoriciens, l’Univers entier et toutes les choses dont il est composé sont déterminées par ce nombre Trois. A les entendre, la fin, le milieu et le commencement forment le Nombre de l’Univers et ces trois termes représentent le Nombre de la triade… » (1)

Chez les Egyptiens, les triades sacrées se composaient selon les époques et les lieux en Osiris, Isis, Horus ou Amon, Mout, Khonsou à Thèbes et Ptah, Sekmet, Néfertoum à Menphis ; (2)

En Inde la manifestation divine est triple «Trimûrti » elle s’exprime par Brahma le générateur, Vishnou le conservateur, Çiva le transformateur. (3)

Dans le Christianisme, la trinité s’ordonne par le Père, le Fils et le Saint-Esprit. C’est la perfection de l’unité divine : Dieu est UN en trois personnes.

Le Bouddhisme possède son expression achevée en un triple Joyau,ouTriratna c’est-à-dire « Bouddha, Darma, et Sangha »

Pour les Chinois Trois est un nombre parfait(Tch’eng), l’expression de la totalité, de l’achèvement : il ne peut y être ajouté. C’est l’achèvement de la manifestation : l’Homme, Fils du Ciel et de la Terre, complète la Grande Triade.

Lao Tseu enseignait : « le Trois engendre toutes choses. »(5)

Le Tao « produit UN ; un produit DEUX ; DEUX produit TROIS. » — Le temps est triple « Trikâla » : Passé, Présent, Avenir; — Le monde est triple « Tribhuvana » : Bhu, Bhuvas, Swar, c’est à dire, Terre Atmosphére, Ciel.




Pour Athanase : « le Père est le principe, le Fils est engendré, le Saint-Esprit procède des deux. »

Platon ajoutait :« Il est impossible de bien combiner ensemble deux choses sans une troisième : il faut entre elles un lien qui les rassemble. » (4)

Ce lien s’extériorise par les principes polymorphes inhérents au nombre trois qui pour Eusèbe, évêque de Césérée sous l’empereur Constantin : « .. Le plus parfait de tous, est l’image sensible de la divinité. »
Tout naturellement, ce principe de mise en action ou génération va s’affermir au point que l’on considérait que répéter ou multiplier par trois un nom « Hermès trismégiste ou trois fois grand », une invocation « trois fois béni soit le Saint Nom », une psalmodie permettait d’opérer dans l’ordre divin.

La création ou recréation peut intervenir à titre général ou collectif. La Bible nous signale que l’entrée, dans un âge humanitaire, s’opère à deux reprises avec les trois fils d’Adam : Caïn, Abel, Seth et les trois fils de Noé : Sem, Cham,Japhet.

Les Evangiles soulignent la valeur particulière de ce nombre en l’affectant d’un caractère missionnaire ou « révolutionnaire », cet adjectif se trouvant pris dans son sens de changement.

Ainsi, les trois mages offrant trois présents : Or, Myrrhe et Encens à Jésus « le manifesté », accompagné de Joseph « principe générateur de substitution » et Marie « principe transformateur », mettent en mouvement le processus par lequel les hommes vont passer de la Loi du talion à la Loi d’amour, en symbolisant les trois fonctions du Christ : roi, prêtre, prophète d’un royaume qui n’est pas de ce monde.

Si l’on observe attentivement le travail numérique qui ressort de la mission des mages, on note qu’il ne s’agit pas simplement du nombre trois, mais de sa projection au carré puis au cube. En effet, seule cette figure volumétrique peut marquer la rupture ou le changement de monde.

Mais ce nombre trois revêt une telle importance qu’il se manifeste en toutes circonstances, du commencement à la fin d’un cycle.




Ainsi, Jésus a été crucifié un 3 avril au moyen de 3 clous. Il rendit le dernier soupir à 3 heures. Il y avait 3 croix. 3 crucifiés sur le Golgotha, 3 familiers avec « Marie, Marie-Madeleine et Jean » se tenaient près de la croix. Il ressuscita 3 jours plus tard, etc.

Pour Louis-Claude de Saint Martin et les frères du Rite Ecossais Rectifié : « 3 marque toutes les choses créées parce qu’il a présidé à leur création… C’est le nombre de la Loi directrice des êtres et du commencement des choses matérielles. »

Il est le « nombre de toute production à l’image du triangle. Le triangle, un centre, certes, et qui est fixe, mais trois angles, et qui sont mobiles. Il y a trois principes spirituels en chaque corps. Dans les corps de matière, trois éléments… »

Trois est le « Nombre du cercle des esprits inférieurs qui émanèrent sur l’ordre de Dieu, les 3 essences spiritueuses constitutives des formes, et qui opèrent dans, sur et par l’axe feu central. Donc nombre du Verbe, car le Verbe symbolise le moyen universel de la Création. Et nombre de l’action, du Saint-Esprit qui dirige l’opération. Mais aussi nombre du monde temporel même et de l’homme qui s’y est enfoncé. » (6)



(1) Aristote : Traité du Ciel.
(2) Serge Sauneron : Dictionnaire de la civilisation égyptienne.
(3) Brahma se rapporte à ce qui relève de Rajas et de la Loi d’expansion. Vishnu correspond à Satva, et la Loi de descente, Çiva domine le monde tamasique assujetti à la Loi centrifuge.
(4) Platon : Timée.
(5) Lao-Tseu : Tao Te King.
(6) Louis-Claude de Saint Martin : Les Nombres.



Source documentaire : La Formation Maçonnique de C. Guigue – Dictionnaire des symboles de J. Chevalier et A. Gheerbrant -
Aron O’Raney