Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Osiris, Le Mythe De L'éternel Retour







Le contexte mythologique


Plutarque rapporte que les petits-enfants de Ré, Geb et Nout, s'étaient unis contre la volonté du Dieu-Soleil.

Le couple engendra à son tour cinq Dieux, dont Osiris et Isis, Seth et Nephtys.

La souveraineté sur le monde, qui était jusqu'alors transmise de père en fils, dut être divisée entre les deux frères.

Derrière le concept de monarchie se dissimulent en réalité le pouvoir de créer la vie et la combativité nécessaire à sa protection, traduits comme les indispensables outils de gouvernement des hommes.

Osiris reçut la gestion des terres cultivées, Seth celle des étendues stériles ; l'un reçut le don de susciter la fertilité, le second l'agressivité.

Les deux principes séparés ne pouvaient que s'opposer.

Seth sorti vainqueur du conflit et « tua » son frère.

Au-delà de ce récit de la geste osirienne, il faut retrouver les éléments de base du mythe.

Originellement, Osiris représente le gain que l'on met en terre pour que naisse la future récolte.

Sa « mort » est donc toute symbolique, exprimant la nécessité de subir un état végétatif dans le sol avant de connaître une nouvelle existence.

En Osiris s'incarne la phase d'indispensable mise en sommeil que doit supporter toute entité destinée à être renouvelée.


La double mort d'Osiris

D'après le récit de Plutarque, le corps d'Osiris fut jeté dans le Nil, à l'intérieur d'un coffre.

Ce dernier préfigure le sarcophage, enveloppe protectrice nécessaire à toute reconstitution post mortem.

Le séjour dans le fleuve évoque la phase d'immersion nécessaire à la gestation symbolique de toute entité en devenir.

Isis dut retrouver le corps de son époux, qu'elle dissimula dans les marais de Chemmis, situés dans le Delta.

Le second épisode du drame voit le démembrement du Dieu et la dispersion de son corps dans toute l'Egypte.

Sous cet aspect, Osiris est assimilé au pays entier qui se trouve désuni lorsque les eaux de l'inondation sont au plus bas.

Isis dut retrouver un à un les morceaux de son époux dont elle reconstitua le corps, fabriquant ainsi la première momie.

La veuve éplorée ne put toutefois restituer à son époux son membre viril, avalé par un « oxyrhynque » une espéce d'esturgeon du Nil, animal sacré en Moyenne-Egypte.

N'ayant pas engendré d'héritier de son vivant, Osiris était doublement mort, puisqu'il n'avait pas pu transmettre son principe vital.

Le triomphe d'Horus




Grâce à une toute puissante magie, Isis ranima son mari et conçut de lui un fils, Horus.

La gestation de l'enfant divin et ses premières années se déroulèrent à l'abri des fourrés végétaux de Chemmis.

Milieu associé à la régénération, le verdoyant Delta est le siège par excellence de la gestation des entités en devenir, mais aussi un lieu fourmillant de dangers.

Le jeune Horus eut d'ailleurs à en pâtir, mais fut toujours sauvé par sa mère.

Une fois devenu adulte, il disputa le royaume de son père à Seth, son oncle.

Un interminable procès le vit finalement triompher de son adversaire et ceindre la double couronne.

Quant à Osiris, il présida désormais au renouvellement permanent du monde naturel.

On a trop souvent tendance à considérer Seth comme le mal par excellence.

Aux plus hautes époques de l'histoire pharaonique pourtant, il n'est en réalité que l'incarnation de la perturbation nécessaire à la mise en place du cycle du renouvellement permanent.

Quant à la régénération du dieu martyr, elle est comparable à celle de la terre elle-même lorsque reviennent les flots salvateurs de la crue.

Le mythe n'est donc que la transposition des nécessités imposées par le contexte naturel.



Billet proposé par Aron O’Raney