Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Syrie, d’Encre Et De Poudre


Opposants au régime de Bachar el-Assad manifestent à Midane, à Damas.
Photo Reuters


L’Histoire vous a de ces ironies quand elle se répète et qu’on la surprend à repasser le même plat, tout juste réassaisonné au goût du jour !
D’un Kim à l’autre, voici que la Corée du Nord se dote, par simple succession dynastique, d’un président de la troisième génération, semblant résolue ainsi à perpétuer une des dictatures les plus incroyablement anachroniques du monde.
Moins heureux, son émule proche-oriental, le régime baasiste de Syrie, lui, n’en est qu’à sa deuxième édition et bien peu d’espoirs lui restent permis.
Ce qui se répète à l’infini néanmoins dans son cas, c’est son goût maniaque de la manœuvre, de l’atermoiement, du mensonge.

Lundi, au terme d’une interminable valse-hésitation, cédant à la menace d’un recours de la Ligue des États arabes à l’ONU et sur le conseil de ses protecteurs russes, Damas signait un protocole d’accord prévoyant l’envoi d’observateurs arabes en Syrie.
Comme par hasard, la répression aura eu la main particulièrement lourde en cette même journée, le maniement du stylo n’excluant en rien celui du canon.
Que sont censés observer ces observateurs ?
Les mêmes et quotidiennes atrocités qui, grâce à la prodigieuse prolifération des caméras-téléphone, badigeonnent en rouge sang, depuis dix mois déjà, le journal télévisé, et qui viennent tout juste de valoir aux tortionnaires une vive condamnation de l’Assemblée générale de l’ONU.
Ces observateurs seront-ils en mesure d’observer ?
Seulement là où ils y seront autorisés, les autorités ayant exclu en effet de leur champ d’action les zones militairement sensibles :
cela dans un pays où les rues des cités rebelles comptent aujourd’hui plus de chars lourds que d’autobus.
C’est dire l’inanité de cette première phase du plan de sortie de crise élaboré par la Ligue, et qui doit encore être suivie, toujours en pure théorie, de la libération de milliers de détenus, de l’évacuation des villes par les blindés et de l’ouverture du pays à la presse étrangère :
toutes éventualités auxquelles ne croit pas un seul instant l’opposition.
Mieux encore, celle-ci en vient à réclamer l’envoi sur place... d’une force de dissuasion arabe.
Pour les Libanais qui ont vécu, ou survécu, à la guerre de 1975/90, c’est un sentiment de triste dérision qu’évoque irrésistiblement ce terme.
Au fil des défections, cette force venue s’interposer entre les protagonistes du conflit, et qui comprenait au départ des contingents provenant de divers pays frères, s’était vite transformée en effet en une brutale armée d’occupation, exclusivement syrienne.

Nul, bien sûr, ne souhaite une telle mésaventure à nos voisins de l’Est qui luttent courageusement pour leur liberté et qui méritent fort de bénéficier du devoir d’assistance internationale.
Mais Dieu, quel retour de bâton, quelle savoureuse revanche sur un odieux passé, quel malicieux remake de l’histoire que cette seule hypothèse d’une intervention du dehors, devenue un des principaux objectifs de la révolution.

Ce n’est certes pas la tardive, la poussive initiative arabe qui pourrait l’en dissuader.

Issa GORAIEB
L’éditorial de Issa GORAIEB
L’Orient Le Jour - 21 décembre 2011-
Billet proposé par Aron O’Raney