Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Sombre Vallée…






Au bout du monde, il y a une vallée où, même l’été,
les gens ont du mal à se réchauffer.

C’est que la vallée est à l’ombre, à l’ombre d’une grande montagne.

Et cette montagne est si haute
qu’elle n’a jamais laissé passer ni la chaleur ni la lumière.

Bien sûr, les gens ont l’habitude,
mais ils aimeraient de temps en temps sentir la chaleur de l’été.

Alors ils regardent là-haut le sommet de cette montagne où il a l’air de faire si beau.

Certains rêvent de s’envoler, mais personne n’ose s’approcher de ces rochers
où l’on entend des bruits bizarres quand vient la nuit.

Ils attendent tous patiemment que la vieille montagne s’use
pour laisser passer le beau temps.

Et puis un jour, un enfant naît.
Il n’est ni plus fort, ni plus grand, ni plus intelligent.

Seulement, lui, en grandissant,
il se dit qu’il ne va pas attendre le beau temps toute sa vie :

– Tant pis si j’ai peur, je vais quand même essayer de monter.

Les gens veulent l’en empêcher, ils sont sûrs qu’il va tomber.
Mais l’enfant ne les écoute pas. D’abord, il marche tout doucement.

Il réfléchit :
D’en bas, il ne voit vraiment pas comment escalader tous ces rochers.
Mais plus il approche, mieux il voit par où il va pouvoir passer.

Il entend l’eau des torrents et il comprend
que c’est le bruit qui fait si peur dans la vallée.

Alors il rit en se souvenant de toutes ces nuits
qu’il a passé la tête cachée sous l’oreiller.

Maintenant, il n’a plus peur du tout, il grimpe.
Il est parfois découragé quand, au loin,
il voit des rochers qui montent tout droit et qui sont lisses.

Mais en regardant de près, il trouve toujours un endroit pour s’accrocher.
Une main, puis l’autre, il recommence et il avance.

Quand il arrive enfin là-haut, il sent le soleil sur sa peau.
Il trouve çà vraiment formidable d’avoir chaud.

Alors il regarde en bas, il voit les gens tout petits.

Il crie :

– Venez, venez, vous voyez bien qu’on peut monter !

Certains quittent la vallée aussitôt, ils laissent tout pour monter.

D’autres préparent leurs bagages.
Mais comme ils veulent tout emporter, ils ont beaucoup de mal à partir.

Ils reviennent toujours sur leur pas pour voir s’ils n’ont rien oublié.

Et puis il en reste beaucoup qui ne veulent pas déménager,
qui préfère retourner s’asseoir en attendant patiemment
que la vieille montagne s’use, Pour laisser passer le beau temps.

Mais depuis, dès que quelqu’un arrive en haut,
il appelle, et dans la montagne l’écho répète :

– Venez, venez, vous voyez bien qu’on peut monter !


Source: Anonyme


Texte Proposé par Aron O’Raney