Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Séparation





Tu as pris la décision de partir, comme la douce vie :

souviens-toi !

Tu as sellé le cheval de la séparation d’avec nous :

souviens-toi !

De la terre et du firmament surgissent pour toi des amis purs.


Pourtant, tu avais fait une promesse à ton ami de jadis :

Souviens-toi.


J’ai commis des fautes qui provoquent ta haine,

Mais ; ô ami sans haine !

De mes nuits souviens-toi.


Chaque soir, quand tu poses sur ta couche ton visage beau comme la lune,

Souviens-toi de ce temps où tu posais ta tête sur mes genoux.

Pareil à Farhâd (1), je creuse par amour pour toi, le mont de la séparation.

Ô toi dont Khosraw (2) et cent beautés telles que Shirine sont les esclaves, souviens-toi.

Au bord de l’océan de mes yeux, tu as vu la plaine de l’amour,

Toute remplie de pâles fleurs et de rameaux de safran (3).

Mes supplications enflammées montent vers le ciel ;

Souviens-toi que Gabriel, du plus haut du ciel, crie :

« Ô Seigneur, amen ! »


Ô Shams de Tabriz !

Depuis le jour où j’ai vu ton visage,

L’amour pour ton visage est devenu ma foi,

Ô toi en qui se manifeste la gloire de la religion.

Souviens-toi !



1. Archétype de l’amant malheureux. Il creusa la montagne pour l’amour de la princesse Shirine et se jeta du haut de la falaise en apprenant la fausse nouvelle de sa mort.

2. Il s’agit du roi Khosraw qui aima la princesse Shirine et fut initié par elle à l’amour véritable avant de pouvoir, enfin l’épouser.

3. Image couramment employée pour désigner la pâleur maladive du visage.




Djalâl Al-Dîn Rûmî (1207-1273)

Extraits de « La Religion de l’amour » - OM, n° 1063.



Texte proposé par Aron O’Raney