Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Ne Sais-Tu Pas...





Mon épouse s'inquiète,
et pourtant
c'est elle qui me connaît le mieux.

Ne sais-tu pas,
ô princesse du foyer,
que par mes chevauchées
À travers le pays,
j'assure la sécurité de la tribu ?

J'affronte sans peur
le défilé de la mort,
Et je défends les femmes
au jour de terreur.

Les femmes ont confiance tant que je suis là,
Alors que l'épouse au khalkhal
ne se fie même pas à son mari.

C'est moi qui prends soin
des jeunes cavaliers
Inexpérimentés comme des lionceaux.

Lorsque mes chevaux blessés, faiblissent,
je les exhorte
« Que votre endurance soit égale à la mienne,
Soyez aussi dignes que moi ! »

En temps de guerre,
j'expose généreusement ma vie,
Et pourtant en temps de paix,
le salut de mon âme
est ce qui m'importe le plus.

Demande donc aux Français,
ils te diront les massacres
Causés par mon sabre
et ma lance vibrante.

Demande donc à la nuit,
elle te dira comment
J’ai pourfendu sa peau noire
en chevauchées nocturnes.

Demande donc au désert,
aux collines et aux vastes espaces,
Ils te diront comme j'ai traversé
plaines et murs de montagnes
en cavalcades effrénées.

Ma seule volonté est d'affronter l'ennemi,
Et de battre ses redoutables soldats
avec mes braves.

Ne t'inquiète donc pas pour moi !

sache que, cadavre rongé par les vers,
Je serai encore redoutable !


Emir Abd el-kader - Ecrits spirituels.
Présentés et traduits de l'arabe par Michel Chodkiewicz.
Ed. Seuil. Paris.1982.


Texte Proposé par Aron O’Raney