Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Le Paradis Et L'enfer




Un vieux moine était assis sur le bord de la route,
les yeux fermés, les jambes croisées,
Les mains posées sur les genoux.

Il restait assis là, méditant profondément.

Soudain, son zazen fut interrompu par la voix rauque
Et revendicatrice d'un chevalier.

"Vieil homme !

Dis-moi à quoi ressemblent le paradis et l'enfer

Sur le coup, le moine n'eut pas la moindre réaction.

Mais peu à peu, il ouvrit les yeux,
Releva imperceptiblement les commissures de ses lèvres,
comme pour sourire,
tandis que le chevalier restait planté là,
Impatient, de plus en plus agité.

"Tu désires connaître les secrets du paradis et de l'enfer ?"

Demanda finalement le moine.

"Toi, avec ton allure négligée
Avec tes bottes et tes vêtements couverts de boue.

Avec tes cheveux ébouriffés,
avec ta mauvaise haleine,
Avec ton épée rouillée et tordue.

Toi qui es laid,
et dont la mère l’habille si drôlement,

tu oses me demander de te parler
Du paradis et de l'enfer ?"

Le chevalier jura vilainement.

Il sortit son épée et la souleva au-dessus de sa tête.

Son visage devint cramoisi
et les veines de son cou se gonflèrent
Tandis qu'il s'apprêtait à couper la tête du moine.

"Cela, c'est l'enfer",

Lui dit doucement le vieux moine,
Juste au moment où l'épée commençait à redescendre.

Le chevalier resta bouche bée de stupéfaction,
de respect, de compassion et d'amour
devant cet homme aimable
qui n’avait risqué rien de moins que sa vie,
Pour lui prodiguer cet enseignement.

Il arrêta son épée à mi-chemin et ses yeux se remplirent de larmes de gratitude.

"Et cela, c'est le paradis !",

Conclut le moine...




Aron O’Raney