Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

La Gratitude






Nous ne pouvons maîtriser l’art de vieillir que si nous acquérons la vertu de gratitude.

Qui est en proie à une insatisfaction permanente et au sentiment de ne pas avoir eu sa part d’existence ne peut se réjouir de ce qu’il est devenu.

Il ne peut se délecter avec gratitude de ses souvenirs ni goûter l’instant présent.

Fritz Riemann exhorte les Anciens :

« Il nous faut réapprendre à considérer avec gratitude ce que la vie nous a donné en partage et à jouir de la félicité que nous inspire ce sentiment, lequel nous assure une place cohérente à l’intérieur d’un tout qui nous dépasse. La gratitude réchauffe le cœur et l’ouvre à de « bons » sentiments.

Seul peut rendre grâce celui qui pense.

Raymond Saint-Jean définit la gratitude comme la « mémoire du cœur ».

Qui sait » gré aux dons quotidiens de l’existence pense avec le cœur.

L’ingrat, oublieux de ces dons, n’est, quant à lui, pas véritablement humain.

Beaucoup de penseurs, au reste, voient dans l’ingratitude un des péchés fondamentaux.

Selon le Talmud, elle est plus grave encore que le vol.

Et Goethe écrit ceci : « L’ingratitude est une forme de faiblesse. Je n’ai jamais rencontré de gens de valeur qui fussent ingrats. »

La gratitude définit l’humain et faisait déjà l’objet, à l’époque romaine, de maintes réflexions.

Cicéron (106-43 av. J.-C.) voit en elle la plus importante des qualités humaines, indispensables à la Concordia, à la communauté, à la bonne intelligence et à l’harmonie des cœurs.

À l'inverse, l’absence de gratitude menace l’humanité.

Seul celui qui éprouve de la gratitude peut tisser des liens d’amitié et vivre en société.

Les ingrats sont des êtres déplaisants dont on fuit le commerce.

Leur insatisfaction permanente indispose l’autre, l’atmosphère négative et destructrice qu’ils répandent tient à distance.

Indifférents aux cadeaux qu’ils reçoivent, ils ne savent ni remercier ni se réjouir ; les cœurs, auprès d’eux, cessent de battre à l’unisson.

Cicéron définit la gratitude comme la mère de toutes les vertus, Sénèque (1 av. J.-C.. – 65 apr. J.-C.) définit l’ingratitude comme la source de tous les manquements et délits.

Les Romains concevaient la gratitude non seulement comme une manière de penser, mais aussi d’agir : qui recevait devait en savoir gré à qui donnait et lui offrir un présent en retour.

De cette conception résultait un comportement pour ainsi dire mercantile contre lequel Cicéron prônait la mémoire reconnaissante, La « grata memoria » – un sentiment qui distingue, les choses précieuses de l’existence et vielle à ce qu’elles ne s’évanouissent pas dans l’oubli.

Chez les personnes âgées, gratitude et souvenir sont étroitement liés.

Celles qui se souviennent avec reconnaissance des choses vécues en conçoivent un sentiment de satisfaction et gardent au fond d’elles-mêmes, les joyaux du passé que rien, pas même la souffrance ni la solitude, ne peut leur dérober.

Celui qui se souvient avec gratitude sait apprécier d’être seul et ne laisse de rendre grâce aux choses enfuies, quels que soient son état et les maux qui l’accablent.

Si le passé lui offre mille raisons d’être reconnaissant, il reçoit avec la même gratitude les dons du présent :

Être capable de se lever le matin et de parler à autrui, voir le soleil briller, savoir que ses enfants et petits-enfants sont sur le bon chemin.



Anselm Grün – Le Moine Thérapeute
Extraits de « L’art de bien vieillir » Albin Michel –



Billet proposé par Aron O’Raney