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Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

En Syrie, Triste Noël




Un père Noël tente de mettre de l’ambiance dans le quartier de Bab Touma, à Damas, mais pour les habitants, le cœur n’y est pas et la plupart des magasins sont vides, désertés par les clients. Joseph Eid/AFP


« Il y a bien sûr un sapin et des cadeaux pour les enfants, mais ce n'est pas la joie... »


Bab Touma, le plus ancien quartier chrétien de Damas, respire la tristesse en cette veille de Noël.
Aucune décoration ni illumination n'ont été installées contrairement aux autres années, et si les habitants se souhaitent de bonnes fêtes, le cœur n'y est pas.

« Les chrétiens ont décidé de supprimer les festivités et de ne garder que la messe de Noël, qui sera consacrée à la paix en Syrie.

C'est un message pour dire que nous formons tous une même famille », a confié à l'AFP l'archevêque Grec-catholique Elias al-Dabiia.

Le pays est secoué depuis plus de neuf mois par un mouvement de contestation sans précédent contre le régime de Bachar el-Assad, dont la répression a déjà fait au moins cinq mille morts selon l'ONU, tandis que les autorités font état de leur côté de plus de deux-mille tués au sein des forces de sécurité.

La situation s'est encore aggravée vendredi avec un double attentat suicide contre les services de sécurité à Damas, qui a fait de nombreux morts.

« Nous sommes dans une triste situation », confie Mazen, un marchand de tapis assis devant sa boutique dans une ruelle de la vieille ville.

Ce quartier d'habitude très touristique est désert, et il n'y a quasiment plus de clients depuis plusieurs mois.

Les quelques magasins qui vendent des décorations de fêtes sont déserts.

Les seuls à avoir fait un effort de décoration sont les magasins chics du centre commercial de l'hôtel « Four Seasons ».

A l'instar du reste de la population, les chrétiens, qui représentent sept à Huit pour cent des vingt-deux millions d'habitants en Syrie, sont profondément inquiets face aux violences quotidiennes et craignent l'instabilité politique, alors qu'ils ont vécu depuis près de cinquante ans sous un régime autoritaire.

Nombre d'entre eux affirment redouter qu'une éventuelle chute du régime de M. Assad laisse le champ libre aux islamistes, en particulier aux Frères musulmans, interdits et réprimés depuis des décennies en Syrie.

« Si le régime tombe, les islamistes vont s'emparer du pouvoir et dans 20 ans, il n'y aura plus de chrétiens dans notre pays », assure Farzat, un ingénieur de 55 ans.

« Cette année, il y a bien sûr un sapin et des cadeaux pour les enfants, mais ce n'est pas la joie. Nous allons rester à la maison ».

D'autres redoutent moins un tel changement.

Pour Anouar Bounni, avocat chrétien défenseur des droits de l'Homme, les chrétiens en Syrie ont toujours vécu « en bonne intelligence avec les autres communautés du pays qui partagent la même culture ».

« Les minorités n'ont rien à craindre.

Dans la société syrienne, il n'y a jamais eu de problèmes entre les différentes communautés », assure-t-il, tout en reconnaissant que la longue absence de démocratie avait conduit « les minorités à éprouver de l'appréhension ».

Face à la situation, les patriarches Grec-orthodoxe, Grec-catholique et Syriaque orthodoxe se sont réunis le 15 décembre dans un couvent près de Damas pour examiner « les événements qui secouent notre chère patrie ».

Après avoir manifesté leur « tristesse à l'égard des tragédies » et leurs craintes face à la « dégradation de la situation économique », les patriarches ont affirmé leur « rejet de toute intervention étrangère » en Syrie et appelé à la levée des sanctions imposées par l'Occident.

L'Union Européenne, les Etats-Unis et la Ligue arabe ont pris une série de mesures de rétorsion économique dans l'espoir de contraindre les autorités à mettre un terme à la répression,

Mais ces sanctions provoquent une crise économique qui touche toutes les catégories de la population, en particulier les plus vulnérables.

Les patriarches ont dénoncé « toutes les formes de violence », appelant à « la réconciliation » et encourageant « les réformes et mesures positives prises par le gouvernement ».


L’Orient-Le Jour > À La Une > 23 décembre 2011 -
Billet proposé par Aron O’Raney